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  • LA DURE REALITE DES ROMS

    Faire connaître la réalité des Roms au cœur de l’UE
    Par Fotis Filippou, coordonnateur régional de campagne pour l’Europe et l’Asie centrale, et Joey Hasson, coordonnateur de la campagne Exigeons la dignité

    Le 8 avril, nous avons présenté la réalité quotidienne des Roms au siège de l’Union européenne (UE) : des militants de la communauté rom et des membres d’organisations locales et internationales ont célébré la Journée internationale des Roms en organisant un rassemblement express devant le Parlement européen à Bruxelles.

    Cette réalité courante, vieille de plusieurs siècles, se compose de persécutions, de préjugés et de discrimination dans tous les domaines de la vie, qui conduisent à des expulsions illégales, de la ségrégation raciale en matière de logement et d’éducation, et même des violences et des meurtres à caractère raciste. Elle se poursuit aujourd’hui dans des pays de l’UE. Il est temps que la Commission agisse.

    Pour illustrer cette réalité, nous avons reconstitué un campement rom avec mobilier, installations, douche et toilettes, sur la place où se trouve l’entrée du Parlement européen. À un moment donné, des membres d’Amnesty International et des militants roms jouant le rôle d’habitants, de policiers et d’agents municipaux ont mis en scène une expulsion forcée devant un public de plus de 200 personnes.

    Cette action ne visait pas seulement à attirer l’attention sur les violations des droits humains et les souffrances subies par les Roms. Elle célébrait aussi la force et la résistance dont des citoyens et des militants de toute l’Europe font preuve chaque jour. Certaines des personnes présentes ne mimaient pas des scènes vues à la télévision ; elles se remémoraient des événements réels et leur propre expérience des expulsions forcées ou de la violence raciste.

    Nous nous sommes mobilisés tous ensemble pour demander l’égalité et le respect des droits humains. Nous avons clamé haut et fort que nous attendons et exigeons de l’UE qu’elle prenne des mesures décisives pour mettre fin à la discrimination et au racisme envers les Roms.

    Claudia Greta, une militante rom originaire de Cluj-Napoca, en Roumanie, a déclaré: « Ce que vous avez vu aujourd’hui n’est pas juste du théâtre. C’est quelque chose qui arrive tous les jours aux Roms à travers l’Europe. Nous subissons des atteintes aux droits humains ; nous sommes victimes de discrimination dans tous les domaines de la vie, à l’école, au travail, dans la rue, dans les bus. Les institutions européennes doivent prendre position et amener les États qui violent les droits des Roms à rendre des comptes. »

    Le 9 avril, la députée européenne Hélène Flautre a organisé une audience au Parlement pour Amnesty International et la Coalition pour une politique européenne à l’égard des Roms. Des militants roms ont participé à la table ronde avec les représentants de l’UE. Dans une salle remplie de députés européens et d’autres représentants de l’UE, nous avons écouté les témoignages poignants et choquants de militants roms qui nous ont tous inspirés par leur courage et leur détermination. Leurs récits faisaient comprendre une vérité violente. Il faut intervenir de toute urgence pour que cesse le scandale au regard des droits humains que représentent la discrimination et le racisme envers les Roms.

    « J’ai dû me battre pour mettre mes enfants dans une école ordinaire en France. Les enfants roms font partie de la société et doivent être admis dans les écoles. J’en ai tellement assez des mots ! Il est maintenant temps de passer à l’action ! », a expliqué Mirabela Margelu, une militante rom vivant en France.

    Une chose a été clairement exprimée par presque tous ceux qui ont parlé lors de cet événement : nous ne pouvons pas nous permettre de perdre plus de temps ; l’UE doit agir maintenant et de façon décisive. La Commission européenne a la responsabilité et l’obligation de veiller au respect du droit et de combattre la discrimination et la violence que subissent les Roms, et elle dispose des outils nécessaires à cet effet. Nous l’avons appelée à utiliser ses pouvoirs judiciaires pour faire en sorte que la directive européenne sur l’égalité raciale soit activement mise en œuvre.

    Et nous avons eu notre réponse. Pia Lindholm, représentante de la Commission, a indiqué : « La Commission européenne est prête à agir et à ouvrir des procédures d’infraction contre les États membres qui ne respectent pas leurs obligations aux termes de la directive sur l’égalité raciale. »

    À présent nous devons nous assurer que la Commission tiendra cet engagement. Nous pouvons mobiliser une masse de gens autour de cet appel. Au cours des derniers jours, Amnesty International et des organisations partenaires à travers l’Europe ont demandé à l’UE et aux gouvernements nationaux de prendre des mesures dans les pays européens et ailleurs.

    Pour l’heure, plus de 20 000 personnes dans le monde ont signé notre pétition adressée à Viviane Reding, commissaire européenne à la Justice, aux Droits fondamentaux et à la Citoyenneté, pour l’engager à veiller à ce que l’UE utilise tous les moyens dont elle dispose (y compris la procédure d’infraction) pour mettre un terme à la discrimination envers les Roms. Rejoignez-nous en agissant pour la campagne Ici et maintenant, droits humains pour les Roms !


  • CE QUE CANNES DOIT A JEAN ZAY

    Suite à l'émission sur France Inter "Là bas si j'y suis " j'ai été  étonné d'entendre Mermet faire l'éloge de Jean Zay militant socialiste ministre sous dans le cabinet Blum et résistant .Quant à Mélenchon la haine qu'il a contre le PS lui fait dire que le Festival de Cannes a été créé par la Cgt  et le PC . 

    L'article de Libé çi-dessous rétablit la vérité

     

    D'aprés Libération, lundi 27 mai.

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    Les festivaliers qui arpentaient, hier encore, la Croisette, les starlettes en quête de célébrité et Steven Spielberg, qui présida cette année le jury de la compétition officielle, ignorent sans doute qu’ils doivent leur présence commune, sur la Côte d’Azur, comme à chaque fin du mois de mai, à Jean Zay.

    Qu’ils se rassurent, même Jean-Luc Mélenchon ne le savait pas. Alors qu’il se trouvait «en mission» à Cannes, le dirigeant du Parti de Gauche déclara que le festival devait sa création, en 1946 à «la CGT, [aux] communistes ». Si la première édition s’est effectivement tenue en 1946, la date de création du festival est antérieure au déclenchement du second conflit mondial et la décision fut prise par le gouvernement du Front Populaire. C’est plus précisément au ministre radical de l’Education nationale, Jean Zay, qu’il revint d’attribuer une telle initiative.

    Lors de la dernière campagne présidentielle, le candidat François Hollande, au cours d’un déplacement à Orléans, sur le thème de l’éducation, avait salué son œuvre réformatrice. Chaque année, depuis 2005, le Parti radical de gauche organise un prix littéraire, le Prix Jean-Zay, qui récompense un ouvrage consacré aux thèmes de la laïcité et des valeurs républicaines. De même, le 23 mai une plaque rendant hommage à son action a été dévoilée au sein du Palais des festivals.

    En dépit de ces manifestations, cette figure politique demeure aujourd’hui trop méconnue. Il convient de remédier à cette injustice de l’histoire et de remettre en lumière des actions, un héritage et un destin hors du commun.

    Car que dire de la marque imprimée par Jean Zay, tout au long d’une carrière qui culmina lors de ces trois années passées au ministère de l’Education nationale et des Beaux-Arts (une longévité ministérielle assez rare en ces périodes d’instabilité) ? Elle fut celle d’un visionnaire. Nous ne comptons plus les politiques initiées ou menées entre 1936 et 1939, par un ministre nommé alors qu’il n’avait que 32 ans : réforme de l’enseignement, prolongation de la scolarité de 13 à 14 ans, ouverture de nombreuses classes, instauration de cours d’éducation physique et de l’orientation professionnelle, promotion de l’enseignement technique. Son action a également permis la création des Crous, du CNRS et préfigura celle de l’ENA.

    En matière culturelle, son action de promotion et de démocratisation des arts témoignent de son volontarisme qui se manifeste par la modernisation des structures, la rénovation de la production et l’appui aux créateurs. Il soutint notamment la création de la Cinémathèque française et déposa un ambitieux projet de loi sur le cinéma, en mars 1939, qui, du fait de l’éclatement de la guerre, ne sera jamais débattu. C’est dans ce contexte d’effervescence qu’en 1938 lui parviennent de sombres nouvelles du plus grand festival de cinéma de l’époque, la Mostra de Venise. L’Italie de Mussolini, pour symboliser son rapprochement avec Hitler, a décidé qu’elle serait inaugurée par Joseph Goebbels. Pire : alors que le jury hésite (Autant en emporte le vent est en compétition…) le Duce exige qu’une «coupe Mussolini» soit accordée par la Mostra aux Dieux du Stade, le film de propagande nazie de Leni Riefenstahl. Jean Zay, révolté, décide donc de créer un festival international concurrent.

    La décision de principe est prise en 1938. Après quelques hésitations – Biarritz a été en compétition ! -, la ville de Cannes est choisie. La date du premier festival est fixée : ce sera du 1er au 20 septembre 1939. Une manifestation qui doit être présidée par Louis Lumière et à laquelle doivent participer Gary Cooper et Tyrone Powell… Mais le 1er septembre, jour prévu pour l’ouverture du premier festival de Cannes, les troupes nazies envahissent la Pologne. Le 2, Jean Zay démissionne de son poste de ministre pour devenir soldat.

    De ses années de formation à Orléans aux bancs de l’Assemblée, du radical «jeune Turc» au ministre du Front populaire, du Massilia à l’inique procès de Riom, son emprisonnement et son exécution par la milice… Jean Zay incarne un pan de l’histoire du Front Populaire ; de l’histoire de la gauche, de l’histoire de France, jusque dans ses heures les plus sombres.

    Pour ce que Cannes doit à Jean Zay, pour ce que la France doit à Jean Zay, œuvrons pour le transfert de ses cendres au Panthéon. Une telle décision serait la juste reconnaissance de la Nation à un homme, à un parcours et à des engagements. Le symbole serait d’autant plus fort, alors que nous célébrerons en 2014, le soixante-dixième anniversaire de sa disparition.