28/07/2014

A TOUS CEUX QUI VEULENT BRULER LES ROMS ET AUX AUTRES AUSSI

DE LA NÉCESSITE D'UNE JOURNÉE EUROPÉENNE CONSACRÉE AU GÉNOCIDE ROM

par Catherine Raffait


Le 29 janvier 2013, à l'ordre du jour du Parlement Européen, les raisons et nécessités de créer une journée européenne consacrée exclusivement à la mémoire du Génocide des Rroms.

Les intervenants ont unanimement mis l'accent sur l'urgence de mobiliser l'attention des citoyens européens afin de susciter une prise de conscience collective de la place des Rroms dans l'histoire européenne et de la discrimination dont ils furent l'objet au cours notre histoire. Ce rejet millénaire a trouvé son expression et son apogée lors des crimes commis sous le régime nazi dans plusieurs pays d' Europe.

Cette responsabilité n'est reconnue actuellement officiellement que par l' Allemagneet la Roumanie. L’ Allemagne vient d'ailleurs d'inaugurer un Mémorial à Berlin, le 24 octobre 2012 .

La Roumanie ayant, quant à elle, fait une déclaration solennelle.

Les autres pays responsables d 'internement et déportation des tsiganes tels la France, la Belgique, l'Italie, Les Pays-Bas, entre autres, ne l'ont pas, officiellement, reconnu à ce jour.

Il a été rappelé que cette discrimination, si elle a trouvé son expression la plus extrême lors des crimes nazis , est profondément enracinée en Europe et provoque un réel blocage depuis des millénaires qui freine l' intégration de cette communauté. Elle cible une communauté encore plus malmenée que les autres et encore plus fragilisée par la situation de crise économique ce qui en fait un parfait bouc émissaire.


L'UE évalue à quelque 10 à 12 millions le nombre de Roms, Tsiganes ou Gitans, ce qui fait d'eux la plus grande minorité ethnique en Europe, victime encore aujourd'hui dans de nombreux pays de discriminations, d'une extrême pauvreté, et d'un accès inégal aux soins ou à l'éducation.
Lors de son intervention en janvier devant le Parlement Européen, le Premier ministre hongrois Viktor Orban avait averti qu'en l'absence de stratégie européenne, des communautés jusqu'ici sédentarisées risquent " d'adopter un style de vie nomade et de commencer à errer à travers l'Europe ".


L'accent a été mis sur les signes avant-coureur que l'on constate en Europe de l'ouest comme en Europe de l' Est qui doivent nous alerter sur le danger de voir se reproduire le même processus qui a amené l'extermination estimée à 1,5 millions de Rroms, que ce soit dans les camps ou lors du génocide qui a eu lieu dans les pays de l'Est. A propos duquel génocide, les recherches continuent actuellement dans ces pays.


A titre d'exemple parmi d'autres, la Hongrie a été citée pour sa politique raciste qui se traduit par des campagnes de stérilisation et sa politique raciste. la France on été pointée du doigt plus particulièrement pour sa politique d'expulsion qui va à l' encontre de la charte des droits de l' homme et pour laquelle elle a été mainte fois rappelée à l' ordre dans les instances internationales.

Outre les débats qui pourront découler d'une Journée pour la Commémoration, qui permettraient un travail de mémoire et un travail pédagogique notamment auprès des jeunes, elle serait l'occasion de poser un acte fort de la part de l' ensemble de la communauté européenne vis à vis d' une des communautés qui la compose et qui a été le moins reconnue alors même que à la base la communauté européenne est constituée de diverses communautés ethniques et religieuses qui se sont rassemblées.

Le militant roumain Nicolae Gheorghe a incité le Parlement Européen à poser un acte fort en menant à terme ce projet afin également de renforcer la citoyenneté et le statut juridique des migrants en ces termes : " un migrant est un citoyen européen, or nous sommes considérés comme des apatrides, c'est en cela que réside notre faiblesse ".

Il a donc été demandé au Parlement Européen d' envoyer un message politique fort aux pays membres, qui, en contre partie, doivent au niveau des citoyens, se mobiliser pour obtenir de leurs gouvernements un changement dans leur politique envers les Rroms, consolidant ainsi la démarche européenne.

Rappelons que le sort des Rroms reste un cas d' école, qui s' il ne se règle pas engagera, outre le danger qui guette cette communauté, la crédibilité de l' Europe à pouvoir faire respecter ses engagements et à défendre les droits de l' homme.

Si tel n'est pas le cas, on pourra parler de faillite européenne, et, alors ce prix Nobel de la paix que s'est vu remettre la Communauté Européenne serait bien entaché d'avoir été décerné à un tel très inefficient lauréat, incroyablement laxiste, lauréat que nous, tous citoyens de l’Europe, sommes.

Et sachons ne pas oublier avec le philosophe humaniste de l'existentialisme que ... Chaque personne est un choix absolu de soi . Qu'avec Sartre, l'homme est, paradoxalement, condamné à la liberté, puisque : « il n'y a pas de déterminisme, l'homme est libre, l'homme est liberté ».

Être vu, c’est aussi être jugé. Si autrui me regarde, je suis immédiatement modifié, altéré par son regard : je suis regardé, concerné au plus vif de mon être. Qu'est-il, qu' y-a-t-il, donc, en moi qui fasse que voir certains autres, en retour m'insupporte à un tel degré d'intensité ?

Et sachons accueillir, affronter, et, relever le défi de cette condamnation à la liberté avec la force de caractère et la puissance d'âme qu'elle exige de tout un chacun des lauréats que nous sommes, et, avec toute l'humanité qu'elle requiert de chacun de nous et qui nous compose.

Rappelons aussi que l'idée européenne ne dépend pas que des décisions prises par les institutions en place, mais qu'elle est le fruit du bon vouloir et de la cohésion des citoyens qui la composent, et, qui ne peuvent, indéfiniment, se délester et remettre leurs responsabilités dans les seuls mains de leurs gouvernements respectifs.

 

16/07/2014

J'ADORE

Taubira comparée à un singe : 9 mois de prison pour une ex-candidate FN

Anne-Sophie Leclere avait assumé un photomontage diffusé sur son compte Facebook, sur lequel la garde des Sceaux est assimilée à un singe.

Anne-Sophie Leclere, ex-candidate FN dans les Ardennes. Anne-Sophie LeclereAnne-Sophie Leclere, ex-candidate FN dans les Ardennes. Anne-Sophie Leclere

Anne-Sophie Leclère, ex-tête de liste FN aux municipales à Rethel (Ardennes), a été condamnée mardi 15 juillet par le tribunal de Cayenne à neuf mois de prison ferme et 5 ans d'inéligibilité pour avoir comparé la Garde des Sceaux, Christiane Taubira, à un singe.

Le tribunal, saisi d'une plainte du mouvement guyanais Walwari, est allé au-delà des réquisitions du parquet en prononçant cette peine, assortie d'une amende de 50.000 euros. Il a également condamné le Front national à 30.000 euros d'amende.

Dans un communiqué, le FN a évoqué des "condamnations révoltantes" et fait part de son intention d'interjeter appel. "Il doit s'agir des condamnations les plus importantes prononcées depuis longtemps en matière de droit de la liberté d'expression", dénonce le FN dans son texte. Le parti qualifie le procès de "chausse trappe" au motif qu'il "n'est pas parvenu à trouver à Cayenne un avocat susceptible de le défendre " et que sa demande de récusation du président du TGI guyanais, pour appartenance au syndicat de la magistrature, n'a pas été entendue.

Anne-Sophie Leclère avait été exclue du FN en décembre 2013.

"A la limite, je préfère la voir [Christian Taubira, NDLR] dans un arbre après les branches que la voir au gouvernement comme ça", avait lancé la candidate du FN dans l'émission "Envoyé spécial" sur France 2 le 17 octobre dernier. Cette commerçante de 33 ans, au FN depuis 2012, avait aussi assumé un photomontage diffusé sur son compte Facebook sur lequel la garde des Sceaux est assimilée à un singe. Sa sortie avait provoqué un tollé politique.


Une candidate FN compare Taubira à un singe par LeNouvelObservateur

"Cette photo c'était de l'humour. L'image a été postée sur ma page Facebook et je l'avais supprimée quelques jours après d'ailleurs, ce n'est pas moi l'auteur", s'était-elle ensuite défendue. Ça n'a rien à voir" avec du racisme."

Une "décision historique"

La justice avait également ouvert une enquête préliminaire, confiée par le parquet de Paris à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP).

L'ancienne candidate frontiste n'avait pas été représentée par un avocat lors de l'audience du 8 juillet. Elle a la possibilité de faire appel de cette condamnation.

Joël Pied, secrétaire régional de Walwari, évoque une "décision historique et salutaire".

Une institution notable de la République reconnaît que le Front National est condamnable par le droit, et qu'il s'agit d'un parti raciste. Nous espérons que cette décision va faire date", souligne-t-il.

Le représentant du Front national en Guyane, René Tran Van Nghia, juge lui que cette décision "politique et ridicule".

(Avec AFP)

10/07/2014

JEAN GLAVANY N'A PAS TORT

Je m’adresse à ces 33 socialistes qui se sont abstenus  sur le Projet de loi rectificatif de financement de la sécurité sociale : vous avez tort !
Non pas sur le fond bien sûr : le projet qui était proposé était déséquilibré, doux sans distinction pour les chefs d’entreprises même rentiers, dur sans distinction pour les ménages. Soit. Je l’ai dit, nous l’avons tous dit, comme vous, avec vous.
Et nous avons obtenu des améliorations.
Insuffisantes ? Peut-être. Sans doute. I...l faudra faire mieux la prochaine fois.
Non, la réalité, c’est que vous avez tort, politiquement. Triplement tort :
D’abord parce qu’il est trop facile de voter les baisses d’impôts et de voter contre les économies qui vont avec. A vous traduire, on aurait accru le déficit ?
Ensuite parce que vous n’avez pas compris le caractère institutionnel du « fait majoritaire » dans la Vème République. Dans la Vème République, la majorité parlementaire doit soutenir le gouvernement, point. C’est dur à avaler ? Peut-être, mais c’est la Vème république.
Enfin parce que nous sommes tous des députés socialistes, élus après avoir été désignés par les militants socialistes pour inscrire notre action dans le cadre du Parti Socialiste et de son groupe parlementaire. Avec ses règles et sa discipline. Partout, dans nos collectivités, la règle de base de la majorité, c’est la solidarité budgétaire. Il ne fallait pas y déroger.

Jean Glavany

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11/06/2014

INQUIETANT

Les associations mises à la réforme

Il existe encore pour quelques années un spécialité de la démocratie française : la vie associative selon les principes de la loi de 1901 ! Pierre Waldeck-Rousseau doit se retourner dans sa tombe lui qui avait mis beaucoup d’espoir dans l’émancipation des citoyens à travers sa fameuse loi. Il avait fini par concrétiser sa volonté alors qu’il était Président du Conseil. Or ils se trouve que depuis une décennie, sous l’influence des penseurs de l’Union européenne cette spécificité française tend à disparaître. En fait comme personne ne peut éliminer cette structuration sociale indépendante et libre elle est attaquée par le biais de textes et de règlements divers. Le fondement de ces attaques repose sur le fait que les associations, par leur régime fiscal ou le soutien qu’elles reçoivent de la part de la puissance.
Leurs interventions dans le champ économique de plus en plus diversifié les a mises en péril b=vis à vis du désormais sacro-saint principe de la « concurrence libre et non faussée » ! Or les différents dispositifs pressentis par les dernières décisions du Parlement français contraint de se plier aux directives venues de Bruxelles avec menace d’une condamnation par l’UE. Au bout du bout le champ d’initiatives, de libertés, d’imagination créative et surtout de citoyenneté active se restreint considérablement.
C’était déjà douloureux mais la disparition programmée de la compétence générale des conseils généraux va les achever car ils sont soutenus pour 12,3 % de leur financement (2011) par cette collectivité locale (seulement 3,5 % pour les régions et 11,5 % via les communes!). En fait le constat effectué c’est que les départements ont compensé entre 1999 et 2011 le désengagement de l’État (passage de 15 à 11,3 % du financement global) et des communes (retrait de 15,2 % vers 11,5 %). Or il est inévitable de voir disparaître… les aides départementales dans tous les secteurs (hors solidarité). Le budget consolidé des 1 300 000 associations atteint 85,1 milliards d’euros ! C’est dire l’impact dans un pays qui continue à a faire comme si se secteurs n’avait aucun poids sur la croissance. Pas moins de 183 000 de ces associations sont employeuses avec 1 828 000 € de salariés ce qui correspond à 1 500 000 ETP. En fait ce sont eux qui seront les premières victimes des économies imposées.
Le milieu social (38,5 milliards) vient nettement en tête des structures type loi 1901. Il ne sera pas le premier touché par le dépeçage envisagé des Conseils généraux qui le « dopent » via 22,8 % de soutiens directs ! Il sera mis à mal par un autre paramètre puisque l’un des arrières-pensées du texte c’est de remplacer dans ce domaine les collectivités départementales par des délégations de service public ou des appels d’offres dans les secteurs de l’enfance, du handicap ou du 3° âge ! C’est d’ailleurs parti puisque pour les crèches, les accueils périscolaires, les centres de loisirs, le soutien scolaire, le suivi des personnes âgées et bien d’autres domaines le système des « appels d’offres » est mis en œuvre. En fait les valeurs ont finalement disparu et la loi 1901 avec son caractère citoyen n’a plus aucun sens. Il va falloir que tout le monde bascule dans le secteur dit « marchand » de gré ou de force.
Les premières victimes seront les associations du secteur sportif qui vont, avec la « compétence exclusive » se tourner vers le bloc communal. Elles atteignent pourtant un budget de 9, 3 milliards (28 % des « employeuses) et elles sont subventionnées à 2,4 % par la strate départementale (comités et clubs) mais à 16,2 % par les communes et intercommunalités ce qui les met sous la dépendance de ces collectivités. Comme leurs possibilités financières vont singulièrement baisser il va y avoir beaucoup de dégâts… dans le sport amateur sans ressources propres ! Ce ne sera pas mieux dans la culture avec 19 % « d’associations employeuses ». On constate que le bloc communal arrive en tête des apports de soutien avec 12,3 % suivi de l’Etat 11,1 %, les régions 10,7 % et les départements à 5,8 %. Là encore gros temps en perspective puisque les généreux donateurs représentent 25 % ds subsides et qu’ils seront mis à la diète dès 2015 !
La loi centenaire sur les associations est malmenée et bien loin de ses objectifs initiaux. L’Europe a eu sa peau sans que les médias et les citoyens s’en rendent compte. Chômage, accessibilité restreinte pour le plus grand nombre (coût pour les familles des activités culturelles-danse, musique inabordable), équipements sous-utilisés… on glisse lentement vers la situation des Etats-Unis ou de la Grande-Bretagne : fondations privées pour certaines catégories sociales ! Dans tous les cas on ne parlera pas beaucoup de cet aspect de la réforme territoriale… car ce n’est pas « vendeur ! »

31/05/2014

INTERESSANT

La déroute vient de loin. Inutile de remonter le fil jusqu’à la genèse de la dérive, foin du rappel des étapes successives du renoncement, les critiques annonciatrices de cette infâmie électorale sont nombreuses et trouvent leur source partout à gauche, dans tous les groupes parlementaires, dans tous les partis. Bref, nous avions prévenu.

L’exécutif persévère dans des recettes pourtant à bout de souffle. Et s’engage seul, de plus en plus seul, vers l’abîme du social-libéralisme, qui n’est en fat qu’un libéralisme light. Pire, la musique qui s’installe, en guise de « réponse » au « malaise-des-français-qu’il-faut-entendre-parce-que-l’abstention-montre-une-défiance-bla-bla » serait d’aller plus vite encore.

Certains vont encore nous proposer, toute honte bue, que la demande de la société française est une demande de plus à droite. Ceux-là se trompent : il n’y a pas plus d’électeurs en faveur du Front national. Ils en perdent même deux millions. Mais la gauche socialiste, elle, en perd 7 millions. Autrement dit, nos électeurs ont fait grève.

Quelles sont les tâches des uns et des autres ?

Bien que sceptique sur son envie d’écoute à l’heure où je rédige ces lignes, je dois quand même dire qu’il revient à François Hollande de marquer les esprits au Sommet de Bruxelles ce mercredi 28 mai. Cette Europe là ne marche pas, les peuples n’en veulent pas et la première suggestion qu’il doit faire est le renoncement – utile, celui-là – à l’absurde règle d’or et d’austérité des 3%. Elle bride, elle affaiblit et, parce qu’elle empêche les politiques publiques ambitieuses elle conduit à l’impuissance. Et ainsi monte l’abstention (à quoi bon voter ?) et donne de la force au discours volontariste des néofascites du Front National.

Le deuxième impératif est qu’au Parlement, les socialistes ayant initié l’appel des 100 doivent s’élargir : de nombreux députés socialistes veulent désormais que cela change et sont prêts pour cela à se regrouper autour d ‘une plate-forme de propositions et d’actions législatives qui fasse d’investissement public et de la justice sociale et fiscale la priorité.

La troisième exigence est l’unité de la gauche : de ce point de vue, je ne doute pas que les nombreuses initiatives d’ores et déjà prévues d’ici la fin août seront fécondes. Quel agenda pour cette deuxième partie du quinquennat ? La tâche théorique est immense, mais possible et nécessaire : passer de la simple addition (et parfois soustraction) des forces à leur synthèse véritable, à leur projection commune. Autrement dit : nous devons mettre nos intelligences au service de la synthèse du socialisme, de la démocratie et de l’écologie.

Peut-on remettre en perspective un horizon commun ? Car tout ne peut se résumer à un échange d’argumentaires économistes, a fortiori pour sortir du coma clinique un modèle totalement épuisé…et même dangereux. Le productivisme axé sur l’obsession d’une croissance qui ne reviendra pas est tout simplement criminel. Il tue au lieu d’épanouir. Il dévore au lieu de partager. Pour ma part, je suis certain qu’il faut remettre en friche l’imaginaire national totalement en panne : la République métissée qui est une réussite mais qu’on ne montre jamais ; la souveraineté des peuples confisquée aujourd’hui par la technocratie et les marchés ; un projet européen centré sur la coopération et l’intégration entre les pays qui ont choisi monnaie commune et avec la duplicité de certains de ses membres ; la coopération internationale pour le partage des connaissances et des inventions humaines …

Le fil de cette reconquête, j’en suis convaincu, c’est la démocratie. Le pouvoir de décider s’est déplacé du peuple vers des puissances illégitimes, cupides et sans objet humain. Il faut reprendre le pouvoir. Mais il faut le réinventer aussi : la délégation ne suffit plus : le contrôle des pouvoirs autant que la confiance dûe aux citoyens doit guider la refondation démocratique devenue indispensable. Les parlementaires initiateurs de l’appel des cent ont mis cette question démocratique au cœur : 5ème République ou pas, il revient de mettre chaque pouvoir à sa place. Le nôtre est de faire la Loi et non de se la faire dicter. Cette approche, qui est une révolution culturelle française ne fait que commencer. Elle portera, elle aussi, une dynamique féconde. Au service de l’intérêt général, fondé sur l’égalité. Celle-là même qui s’efface du tableau de l’Histoire de France…

Pouria Amirshahi

 

15/05/2014

IL FAUT RAMENER SA FRAISE

 

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Non seulement les fraises importées d’Espagne n’ont aucun goût, mais elles représentent une catastrophe environnementale et sanitaire. Voici de quoi vous en dégoûter à tout jamais…

D’ici à la mi-juin, la France aura importé d’Espagne plus de 90 000 tonnes de fraises. Enfin, si on peut appeler fraise ces gros trucs rouges, encore verts autour de la queue parce que cueillis avant d’être murs, et ressemblant à des tomates ; avec d’ailleurs à peu près le goût des tomates.

 

Si le seul reproche envers ces « fruits » était leur fadeur, après tout, seuls les consommateurs piégés pourraient se plaindre d’avoir acheté un produit qui se brade actuellement entre 2 et 3 euros/kilo dans les marchés et les grandes surfaces, après avoir parcouru 1 500 kilomètres en camion.A dix tonnes en moyenne par véhicule, ils sont 10 000 par an à faire un parcours valant son pesant de fraises en CO2 et autres gaz d’échappement. Car la quasi-totalité de ces fruits poussent dans le sud de l’Andalousie, sur les limites du parc national de Doñana, près du delta du Guadalquivir, l’une des plus fabuleuses réserves d’oiseaux, migrateurs et nicheurs d’Europe.

Cette « agriculture » couvre près de 6 000 hectares dont une bonne centaine empiète déjà en toute illégalité (tolérée) sur le parc national. Officiellement, 60 % seulement de ces cultures sont autorisées ; les autres sont des extensions « sauvages » sur lesquelles le pouvoir régional ferme les yeux en dépit des protestations des écologistes. Les fraisiers destinés à cette production, bien qu’il s’agisse d’une plante vivace productive plusieurs années, sont détruits chaque année. Pour donner des fraises hors saison, les plants produits in vitro sont enfournés en plein été dans des frigos qui simulent l’hiver pour avancer leur production. A l’automne, la terre sableuse est nettoyée, stérilisée, la microfaune détruite, avec du bromure de méthyl et de la chloropicrine. Le premier est un poison violent interdit par le protocole de Montréal sur les gaz attaquant la couche d’ozone signée en 1987 (dernier délai en 2005) ; le second, composé de chlore et d’ammoniaque est aussi un poison…

Qui s’en soucie ? La plupart des producteurs de fraises andalouses emploient une main d’œuvre marocaine ou roumaine, des saisonniers ou des sans-papiers sous-payés et logés dans des conditions précaires, se réchauffant le soir en brûlant les résidus des serres en plastique qui recouvrent les fraisiers au cœur de l’hiver. Un écolo de la région raconte l’explosion des maladies pulmonaires et de affections de la peau. Les plants poussent sur un autre plastique noir et reçoivent une irrigation goutte à goutte qui transporte les engrais, des pesticides et des fongicides. Pour le lecteur dont l’appétit ne serait pas encore coupé, continuons.

Les cultures sont alimentées en eau par des forages dont la moitié a été installés de façon illégale et dont 80 % tirent plus d’eau qu’ils ne sont autorisés à le faire : en moyenne 4500 m3 par hectare. Ce qui transforme en savane sèche une partie de cette région d’Andalousie, entraîne l’exode des oiseaux migrateurs et la disparition des derniers lynx pardel, petits carnivores dont il ne reste plus qu’une trentaine d’individus dans la région. Leur seule nourriture, les lapins, sont en voie de disparition. Comme la forêt, dont 2 000 hectares ont été rasés pour faire place aux fraisiers. La saison est terminée au début du mois de juin. Les cinq mille tonnes de plastiques, le noir et le blanc, sont soit emportés par le vent, soit enfouies n’importe où, soit brûlées sur place. Et les ouvriers agricoles sont priés soit de retourner chez eux, soit de s’exiler ailleurs en Espagne. Pour se faire soigner à leurs frais après avoir respiré les produits nocifs.

La production et l’exportation de la fraise espagnole -l’essentiel étant vendu avant la fin de l’hiver et en avril- représente ce qu’il y a de moins durable comme agriculture et bouleverse ce qui reste dans le public comme notion de saison. Quand la région sera ravagée et la production trop onéreuse, elle sera transférée au Maroc où les industriels espagnols de la « fraise » commencent à s’installer. Avant de venir de Chine d’où sont déjà importés des pommes encore plus traités que les pommes françaises.

Dommage que les consommateurs se laissent prendre, comme ils se laissent prendre aux asperges « primeur » en provenance de la même région et bénéficiant des mêmes soins chimiques. Au lieu d’attendre quelques semaines que les producteurs de proximité offrent les mêmes produits sur des marchés de proximité.

 

14/05/2014

A NE PLUS RIEN Y COMPRENDRE

 

Un petit parti bourgeois sans ambitions." Lutte Ouvrière se paye le Parti de Gauche dans son bimestriel Lutte de Classe, publié le 8 mai 2014 sur le site de la formation politique.

En six pages, la revue trotskyste égratigne en long et en large le parti cofondé par Jean-Luc Mélenchon, raillant sa volonté d'incarner "l'opposition de gauche." Pour les auteurs du texte, le parti serait plutôt à rapprocher du... PS:

Les chats ne font pas des chiens, et le PG est bien un petit parti bourgeois qui, à coups d’alliances et de coalitions avec d’autres courants bourgeois, cherche à se frayer une voie vers le pouvoir gouvernemental. Un parti de même nature sociale que le PS, mais qui compte sur le discrédit accéléré du PS, ainsi que sur son positionnement qu’il veut plus à gauche, pour y parvenir à son tour.

Mais c'est surtout la campagne du parti de Gauche pour les élections européennes qui cristallise les critiques de Lutte Ouvrière. Le parti qui a fait de la lutte contre l'austérité en Europe une de ses priorités se voit accuser d'entretenir une rhétorique anti-allemande:

En adoptant un ton nettement anti-allemand, le PG a choisi d’entonner les trompettes nationalistes parce qu’il pense que c’est électoralement porteur. Il se met de fait sur le même terrain que le FN (...) En faisant cela, ces politiciens, qui se disent de gauche, cautionnent auprès des travailleurs et des militants ouvriers et syndicalistes, des idées nauséabondes qui portent la division et les orientent vers des impasses.

Et de poursuivre:

Le PG a donc choisi de développer sa propre argumentation xénophobe et nationaliste.

En tant que leader du parti, Jean-Luc Mélenchon n'est évidemment pas épargné:

Au sein du PS, il fut surtout un soutien des autres : après Mitterrand, ce furent Dray, Emmanuelli, et finalement Fabius. La place qu’il occupait dans le parti était en fait marginale et ne devait pas le satisfaire.

03/05/2014

NON AUX EOLIENNES

La problématique des éoliennes ne laisse décidément personne indifférent en Thiérache. Pour preuve, les citoyens d’Any-Martin-Rieux et ses alentours se sont réunis à la salle des fêtes, vendredi soir, pour s’opposer à un possible projet d’implantations de 12 éoliennes à Any, Leuze et Martigny. Cette réunion faisait suite à la récente annonce de Quadran, une société de production d’énergie verte venue présenter son projet.

« Certaines choses ne sont pas claires sur l’implantation des éoliennes, estime la citoyenne Stéphanie Simmer. L’objectif de cette soirée est de créer un collectif et d’informer la population. » L’assemblée a réuni quelques dizaines de personnes. C’est Alban Simmer qui a ouvert la réunion : « Les permis de construire n’ont pas encore été déposés. On a appris ce projet par hasard. C’est le moment d’agir. Si on veut, on peut », a-t-il martelé. Guy Froissart, président de l’association Thiérache à contre vent, a pris la suite : « Il faut se constituer en association pour les recours, ne pas rester à des protestations individuelles. Il faut beaucoup d’énergie pour constituer les documents et faire une contre-enquête. Plus on est nombreux mieux c’est. »

Mais au juste, qu’est-ce qui est si gênant dans ce projet d’implantation ? « Cela cause des nuisances sonores, et quant à l’immobilier, les maisons sont dévaluées », expose Valérie Bernardeau, la propriétaire du château de Puisieux-et-Clanlieu qui a réussi à obtenir l’annulation d’un permis de construire du côté de Sains-Richaumont.

« Cela fait augmenter le montant des factures d’électricité »

Jean-Marie Desachy, venu de Lamaronde, dans la Somme, est confronté au même problème dans sa région. C’est dans un discours passionné qu’il s’élève contre le projet : « C’est un immense mensonge ! Au début, les pales de l’éolienne sont plutôt silencieuses, mais après, elles font de plus en plus de bruit », veut-il témoigner. Il soulève des problématiques environnementales : « C’est nuisible pour les chauves-souris : elles sont attirées par la chaleur du moteur, et meurent. De plus, dire que la consommation électrique baisse avec les éoliennes est inexact. L’éolien ne sert qu’à faire du business ! » Valérie Bernardeau renchérit : « Le montant des factures d’électricité augmente avec les éoliennes. »

Jean-Louis Doucy, président de l’association Vent de folie, a apporté un éclairage plus technique : « L’éolien, c’est une bulle spéculative qui finira par exploser. Les propriétaires des terrains signent des baux emphytéotiques. Ils deviennent donc propriétaire de ce qu’il y a sur le terrain. Démanteler une éolienne revient cher. Une éolienne coûte 1 200 000 à 1 500 000 euros ! détaille-t-il. On nous dit que grâce à l’énergie éolienne, on pourra arrêter avec les centrales nucléaires. Mais en France, notre production d’électricité est à 90 % d’origine nucléaire. Les énergies éolienne et solaire représentent 2 ou 3 % de la production électrique. Ce n’est rien ! L’éolienne ne peut intervenir que sur 10 % de l’électricité d’origine conventionnelle. Et elle ne fonctionne qu’avec le vent… Sa production est très faible, et imprévisible. Ce ne peut pas être une alternative. C’est une fausse réponse à un vrai problème. »

Les habitants comptent donc créer une association, et ce soir-là, il a même été question d’une manifestation. Affaire à suivre…

Kévin MONFILS l'Union l'Ardennais

02/05/2014

ET LA LAICITE B.............

Monsieur le Ministre,

 

Nous savons tous les deux ce que peut être la stigmatisation par un régime dictatorial de ceux qui ne partagent pas la croyance imposée ou privilégiée par le pouvoir. Dans l’Espagne de Franco, que nos deux familles ont fui, le national-catholicisme régnait. La coalition des trois fascismes (Hitler, Mussolini, Franco) ...avait brisé la République Espagnole, livrant le peuple à des décennies de violence sourde ou avouée, après avoir écrasé les républicains sous des bombes qui bientôt ensanglanteraient le monde entier. Lors de la retirada, pendant l’hiver de 1939 l’armée républicaine a franchi la frontière de nos deux pays. Antonio Machado mourut aussitôt. Il repose à Collioure, sa stèle recouverte du drapeau républicain, violet, jaune, rouge. Parqués à Gurs comme à Argelès, les soldats qui pourtant venaient de livrer le premier combat antifasciste furent très mal accueillis. Cela n’empêcha pas nombre de combattants républicains espagnols de reprendre les armes, en France, contre les occupants. Celestino Alfonso, comme bien d’autres, mourut sous les balles nazies, et l’on voit son portrait défiguré dans l’Affiche Rouge.

 

Vint alors le temps des émigrations politiques au économiques. En France, nos familles, comme celle d’Anne Hidalgo, goûtèrent l’air de la liberté, et de la laïcité. Sans perdre la mémoire de nos origines, nous nous découvrîmes enfants de la République Française, si bien incarnée par Marianne, qui porte le bonnet phrygien de l’esclave affranchi. La patrie, redéfinie par la Révolution française, c’est la communauté de droit qui tisse entre tous une fraternité construite sur la liberté et l’égalité. Merci à la France qui ne nous demanda pas de faire allégeance à un quelconque particularisme religieux pour nous « intégrer », comme on dit. Valls, Hidalgo, Pena-Ruiz…nos patronymes allaient se fondre dans ce beau creuset français qui s’ouvre à l’universel en une terre particulière.

 

Certes, tout n’était pas idyllique, et l’injustice sociale semblait souvent démentir les idéaux politiques. Nous aimions la République, mais nous la voulions sociale en même temps que laïque. Nous fîmes le choix de nous engager en ce sens. Toute victoire serait alors non celle d’un peuple, mais d’une justice sociale sans frontières. Laïcité, justice sociale…Jaurès avait déjà défini les deux fondements d’une République où il fait bon vivre. Et son patriotisme internationaliste, qui lui coûta la vie, avait laissé un sillage de lumière dans les consciences. Laïque, la République confère les mêmes droits aux athées et aux divers croyants. Sociale, elle rend crédible sa superbe devise.

 

Vous voilà premier ministre de cette République. Pour ma part, j’ai consacré ma vie à l’instruction publique et laïque, vecteur d’émancipation pour ceux qui n’ont que l’Ecole pour devenir tout ce qu’ils peuvent être. Nous nous accordons, n’est-ce pas, sur un tel idéal. D’ailleurs nous étions ensemble pour défendre la crèche Babyloup qui s'est voulue laïque afin d'accueillir les enfants de 50 nationalités sans faire violence à aucune famille. Alors, sans polémique, j’entends vous dire mon désarroi devant votre décision de représenter la France, ès qualité, dans l’exercice de vos fonctions, pour la canonisation de deux papes. Il n’y aurait évidemment aucun problème si vous vous rendiez à Rome à titre privé, en ne représentant que vous-même. En république laïque la religion est libre, mais elle ne doit engager que les croyants et eux seuls. De même l’athéisme n’engage que les athées, et eux seuls. L’égalité des droits est ici en jeu, et la déontologie qu’elle inspire se fonde sur le souci d’universalité. Or en France il y a des athées et des agnostiques en grand nombre, et tout acte officiel de la puissance publique se doit de les représenter à égalité avec les divers croyants. D’où la neutralité, qui n’a rien d’antireligieux, mais qui tient bon sur la distinction privé/ public.

 

Vous admirez Clémenceau. Je l’admire aussi, comme grand républicain laïque et anticolonialiste. Or en 1918 votre homologue prit une décision laïque exemplaire. La voici. Le 11 novembre 1918, l'archevêque de Paris invite Georges Clémenceau, alors Président du Conseil, au Te Deum prévu à Notre Dame de Paris, en hommage à tous les morts de la guerre qui vient de s'achever. Clémenceau dissuade le président de la République, Raymond Poincaré, de s’y rendre, et il répond par un communiqué officiel qui fera date :

"Suite à la loi sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat, le gouvernement n'assistera pas au Te Deum donné à Notre Dame. Mmes Poincaré (femme du président de la République) et Deschanel (femme du président de la chambre des députés) n'étant pas membres du gouvernement pourront par contre y assister "

 

Voilà une jurisprudence laïque à laquelle Benito Juarez, futur Président de la République Mexicaine, avait donné ses lettres de noblesse en 1855, lors de son entrée en fonction en tant que gouverneur de l'Etat d'Oaxaca.Tout nouveau gouverneur avait alors coutume d’assister à un TeDeum qui conférait à l’autorité religieuse le privilège d’introniser l’autorité civile. Juarez mit un terme à cette pratique en des termes limpides :

« Je pris la décision de ne pas assister au Te Deum, en raison de ma conviction selon laquelle les autorités politiques de la société civile ne doivent assister en tant que telles à aucune cérémonie religieuse, alors qu’en tant qu’individus ils peuvent se rendre aux lieux de culte pour y pratiquer les actes de dévotion que leur dicte leur religion. »

Certes, les circonstances humaines les plus bouleversantes ont besoin de cérémonial. Mais en République, ce besoin symbolique essentiel doit être tel que tous les citoyens et citoyennes puissent s’y reconnaître. Le précédent mexicain montre que la laïcité ne se limite pas à la France.

 

Un dernier mot. Professeur de philosophie dans l’enseignement public, j’ai toujours trouvé normal de ne jamais laisser paraître mon type de conviction personnelle dans l’exercice de mes fonctions. La République me confiait ses enfants afin que j’en fasse des élèves, et je me devais de promouvoir leur seule autonomie de jugement, sans prosélytisme aucun. Qu’auraient dit des parents d’élèves si j’en avais usé autrement ? Quand Nicolas Sarkozy a eu l’audace, dans le Discours de Latran, de placer le prêtre au-dessus de l’instituteur, j’ai rédigé un article pour lui rappeler l’ineptie d’une telle hiérarchisation. Car l’instituteur ne vise que la liberté de l’élève, telle que la fonde la culture, et refuse toute inculcation. C’est cela la grandeur de l’école laïque, ce lieu où l’élève apprend ce qu’il ignore pour pouvoir un jour se passer de maître.

 

Je ne doute pas, Monsieur le Ministre, que nous puissions nous rejoindre sur un si bel idéal.

 

Henri Pena Ruiz

 

Paru dans Libération le 29 avril 1014

 

23/04/2014

ART OU CULTURE

De l’éducation populaire à la domestication par la «culture»

Il y a cinquante ans, le général de Gaulle présidait à la création du ministère des affaires culturelles. La naissance de cette institution a précipité le déclin d’un autre projet, à présent méconnu : l’éducation politique des jeunes adultes, conçue dans l’immédiat après-guerre comme un outil d’émancipation humaine. Pour ses initiateurs, culture devait rimer avec égalité et universalité.

par Franck Lepage, mai 2009

En France, quand on prononce le mot «culture», chacun comprend «art» et plus précisément «art contemporain». Le mot Culture, avec son singulier et sa majuscule, suscite une religiosité appuyée sur ce nouveau sacré, l’art, essence supérieure incarnée par quelques individus eux-mêmes touchés par une grâce — les «vrais» artistes. La population, elle, est invitée à contempler le mystère.

Entamée dès les années 1960 sous l’égide du ministère des affaires culturelles, la réduction de la culture à l’art représente une catastrophe intellectuelle pour tout homme ou toute femme de progrès. Si «culture» ne veut plus dire qu’«art», alors ni l’action syndicale, ni les luttes des minorités, ni le féminisme, ni l’histoire, ni les métiers, ni la paysannerie, ni l’explication économique, etc., ne font plus partie de la culture. Entre cette dernière et la politique s’instaure un rapport d’exclusion. Et la gauche a un problème. Tel n’a pas toujours été le cas. Il fut un temps — pas si éloigné — où un petit groupe de militants nichés au cœur des institutions françaises tentait de faire rimer culture — populaire — et politique.

En 1944, un paquebot fait route tous feux éteints vers la France. A son bord, une jeune femme. Cinquante ans plus tard, elle se rappelle : «Ma prise de conscience date de 1942 et de la promulgation des lois antijuives par l’Etat français. J’étais alors professeure de lettres au lycée de jeunes filles d’Oran, en Algérie. J’ai été totalement choquée par la tranquillité avec laquelle ces lois antisémites ont été acceptées et mises en œuvre par mes collègues.» La vénérable dame de 86 ans qui nous livre ses souvenirs, ce jour de 1994, se nomme Christiane Faure. Elle repose désormais au cimetière de Lourmarin (Vaucluse) à côté de sa sœur et de son beau-frère, Albert Camus.

Elle raconte comment les noms juifs sont rayés à l’encre rouge; comment ses élèves quittent l’établissement, leur blouse sous le bras. Mlle Faure organise alors des cours clandestins de préparation au baccalauréat. L’affaire s’ébruite; on la menace; elle persiste. Après le débarquement d’Algérie en novembre 1942, l’enseignante intègre le Gouvernement provisoire d’Alger dans le «service des colonies», dirigé par René Capitant, ministre de l’éducation nationale. Ce dernier est chargé de remettre les textes officiels sur leurs pieds républicains. En 1944, Mlle Faure regagne la France avec le Gouvernement provisoire.

« Capitant nous a réunis pour nous annoncer que Jean Guéhenno créait un service d’éducation des adultes — un “bureau de l’éducation populaire” — et a demandé qui voulait s’en charger. J’ai levé la main à la surprise générale.» Dégoûtée de l’éducation nationale, Mlle Faure ne veut plus enseigner aux enfants. «La “laïcité” [à prendre ici au sens de «neutralité politique»] imposée aux enseignants ne me convenait plus. Elle empêchait toute explication franche, directe, c’est-à-dire politique, avec la jeunesse. La laïcité devenait une religion qui isolait comme les autres. Dans un cadre d’éducation des adultes, il me semblait qu’on pourrait dire tout ce qu’on voudrait. D’où mon choix pour l’éducation populaire : cadre neuf, cadre libre, où pourrait se développer l’esprit critique.» Guéhenno en est le garant. Ouvrier devenu professeur à Louis-le-Grand puis écrivain à force d’étudier, ce résistant conçoit sa mission comme un sacerdoce. Il s’agit «d’élever au plan de l’enseignement ce qui était livré aux propagandes, la formation des citoyens». (Le Figaro, 2 mai 1952.)

«En vain toutes les chaînes
auraient été brisées»

A la Libération, les horreurs de la seconde guerre mondiale ont remis au goût du jour cette idée simple : la démocratie ne tombe pas du ciel, elle s’apprend et s’enseigne. Pour être durable, elle doit être choisie; il faut donc que chacun puisse y réfléchir. L’instruction scolaire des enfants n’y suffit pas. Les années 1930 en Allemagne et la collaboration en France ont démontré que l’on pouvait être parfaitement instruit et parfaitement nazi. Le ministère de l’éducation nationale convient donc qu’il incombe à la République d’ajouter un volet à l’instruction publique : une éducation politique des jeunes adultes.

Les conventionnels de 1792 l’avaient déjà compris : se contenter d’instruire des enfants créerait une société dans laquelle les inégalités seraient fondées sur les savoirs. « Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, tonne le marquis de Condorcet à la tribune de l’Assemblée nationale, le 20 avril 1792.Le genre humain restera partagé en deux classes : celle des hommes qui raisonnent et celle des hommes qui croient, celle des maîtres et celle des esclaves.» Le député de l’Aisne, à qui l’on attribue généralement la paternité de l’expression «éducation populaire», propose de poursuivre l’instruction des citoyens «pendant toute la durée de la vie». Mais cela ne saurait suffire. Quand Condorcet évoque (déjà!) cette «partie de l’espèce humaine» astreinte dans les «manufactures» à «un travail purement mécanique» et pointe la nécessité pour ces individus de «s’élever», de «connaître et d’exercer leurs droits, d’entendre et de remplir leurs devoirs», il ne s’agit plus seulement d’instruction mais d’éducation politique.

Ces deux dimensions, pas toujours conciliables, fondent l’ambiguïté de l’«éducation populaire». Pour les classes moyennes à l’origine des mouvements laïques tels que la Ligue de l’enseignement (1881), il s’agit d’éduquer le peuple en appoint de l’école ou de pallier l’absence de celle-ci. Une seconde acception renvoie à toute forme d’éducation émancipatrice dont la forme serait populaire. Elle revendique l’héritage des expériences d’éducation critique et politique qui traversent le mouvement ouvrier à la fin du XIXe siècle (syndicalisme révolutionnaire, bourses du travail).

A bord du navire qui vogue sans phares vers la France, Mlle Faure songeait plutôt à la seconde... Ainsi après Auschwitz — à cause d’Auschwitz —, on envisage à nouveau l’éducation politique des jeunes adultes. Mlle Faure et Guéhenno recrutent des professionnels de la culture populaire issus du théâtre (Hubert Gignoux, Henri Cordreaux, Charles Antonetti, Jean Rouvet...), de la radio (Pierre Schaeffer), du cinéma, de la photographie, du livre (Jean Nazet), des arts plastiques ou de la danse, de l’ethnologie, etc. Leur mission : inventer les conditions d’une éducation critique des jeunes adultes par les moyens de la culture populaire, ou encore «susciter par la réflexion et la pratique une attitude propice à l’éducation des adultes (1)».

En 1944 naît au sein de l’éducation nationale une direction de la culture populaire et des mouvements de jeunesse, vite rebaptisée direction de l’éducation populaire et des mouvements de jeunesse. «Jeunesse» ne signifie pas encore «adolescence» — ce sens apparaîtra dans les années 1960 : un «jeune», en 1945, est un adulte de 21 ans (2). Parallèlement est instituée une direction des arts et lettres. Jeanne Laurent, ancienne résistante, s’y emploiera à décentraliser le théâtre. Interrogée sur leurs rapports, Mlle Faure souligne à quel point les deux problématiques étaient différentes : «Jeanne Laurent, c’était les beaux-arts... Nous, c’était la culture, la démocratie.» Une distinction appelée à s’effacer...

La petite administration de l’éducation populaire durera moins de quatre ans. Après le début de la guerre froide, la lutte entre gaullistes et communistes s’envenime. L’éducation des jeunes adultes constitue vraisemblablement un enjeu tel qu’aucun des deux protagonistes ne veut risquer que l’autre la contrôle. En 1948, on s’accorde sur sa fusion, «pour mesure d’économie publique», avec la direction de l’éducation physique et des activités sportives dans une impayable «direction générale de la jeunesse et des sports», matrice du ministère souvent confié depuis à de non moins impayables sportifs (M. Bernard Laporte), généralement ignorants des questions d’éducation populaire (3). En d’autres termes : il n’y aura pas de service public d’éducation démocratique, critique ou politique des jeunes adultes en France. Ils feront plutôt du kayak! Guéhenno démissionne, Mlle Faure retourne en Algérie diriger un service d’éducation populaire non rattaché au sport.

Les affaires culturelles
victimes d’une roulette russe

Pourtant, une impulsion a été donnée. Dès les années 1950, les instructeurs d’éducation populaire recrutés par Mlle Faure rêvent de quitter le sport, dont ils n’ont que faire, et imaginent la création de leur propre ministère. Leur sous-directeur, Robert Brichet, esquissera même en 1956 le projet d’un «ministère des arts». Pour cela, il faut acclimater le concept de «ministère de la culture», expérimenté par des pays totalitaires, pour en faire un ministère de la culture démocratique. Un ministère de l’éducation populaire en somme. Qui nommer à sa tête? Du côté des instructeurs, on pense au philosophe Camus, directeur d’une maison de la culture à Alger, fondateur du théâtre du travail et adepte de la création collective contre la création individuelle.

L’histoire en décidera autrement. Parvenu au pouvoir, le général de Gaulle veut récompenser la fidélité d’André Malraux, ministre de l’information sous la IVe République et directeur de la propagande du Rassemblement du peuple français (RPF), fondé par le général en avril 1947. Débute alors une sorte de roulette russe institutionnelle dont l’éducation populaire sortira perdante. En 1959, le président de la République demande au chef du gouvernement, Michel Debré, de trouver un ministère pour son chantre officiel. Malraux demande un grand ministère de la jeunesse, domaine encore très sensible après Vichy; on le lui refuse. Il réclame la recherche sans plus de succès. Puis il demande la télévision et essuie un troisième refus. Se souvenant du projet de «ministère des arts», Debré lui propose en désespoir de cause un ministère des affaires culturelles. Malraux accepte (4). On y rassemble le cinéma, les arts et lettres, l’éducation populaire et ses instructeurs nationaux. Le directeur du cabinet de Malraux, Pierre Moinot, ami de Mlle Faure, lui fait savoir la bonne nouvelle et l’invite à les rejoindre.

Contrairement à une idée reçue, l’auteur de La Condition humaine n’a pas «créé» ce ministère, qu’il n’a au demeurant pas réclamé. Son administration est bâtie par des fonctionnaires rapatriés de l’outre-mer qui, après la décolonisation, sont affectés aux affaires culturelles (5). Efficaces mais idéologiquement marqués par leur expérience précédente, ils influencent la doctrine du ministère. Lequel aura vocation à irradier à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières le feu de la grandeur nationale. Puissance de la France à l’international et pouvoir symbolique de l’Etat dans les régions; apologie de l’élite et du génie français. Un ministère profondément antipopulaire.

Les instructeurs d’éducation populaire qui pensaient avoir obtenu leur ministère ont perdu la partie. D’abord rattachée à Malraux en même temps que la direction des beaux-arts, la sous-direction de l’éducation populaire retourne définitivement à la jeunesse et aux sports (6). La coupure sera désormais établie entre culturel et socioculturel, entre «vraie» et «fausse» culture que seul l’Etat sera fondé à départager. Beaucoup attendaient que la gauche arrivant au pouvoir abolisse cette césure. Il n’en fut rien.

Cette histoire-là est plus connue : loin de rompre avec la vision élitiste et de reformuler la question culturelle sur des bases progressistes (tout le monde est producteur de culture, celle-ci n’étant rien d’autre qu’un rapport social), la gauche des années 1980 propulse la figure de l’artiste à des hauteurs jusque-là inconnues. Après le tournant libéral de 1983, la Culture majuscule réduite aux beaux-arts devient l’étendard d’un Parti socialiste qui, sur le plan économique, ne se distingue plus guère dès lors qu’il se résigne à faire le «sale boulot» de la droite. Mieux : l’action culturelle se substitue à l’action politique, comme l’illustre la commémoration du bicentenaire de la Révolution, le 14 juillet 1989.

Mis en scène par le publicitaire Jean-Paul Goude, le défilé intitulé «les tribus planétaires» présente chaque peuple non par un symbole de ses conquêtes politiques, de sa quête d’émancipation ou de la domination qu’il subit, mais par son signe «culturel» le plus anecdotique et le plus stéréotypique : les Africains nus avec des tam-tams, les Anglais sous la pluie, etc. Fin de la Révolution. Fin de la Politique. Fin de l’Histoire. Vive la Culture.

Rendre lisibles à tous
les antagonismes sociaux

Ce type de «culture» a remplacé la politique parce que la fonction du «culturel» est précisément de tuer le politique (7). Dépolitisée, réduite à l’esthétique, une culture n’est ni meilleure ni pire qu’une autre culture : elle est «différente». Le politique est l’affirmation d’un jugement de valeur. Le «culturel» est son anéantissement et la mise en équivalence généralisée sous l’empire du signe. La condamnation des violences faites aux femmes — l’excision, par exemple — est un geste «politique» : elle affirme qu’une société qui décrète l’égalité des hommes et des femmes est une société meilleure qu’une société qui ne la décrète pas. La tolérance de l’excision est en revanche «culturelle» : elle revendique la reconnaissance d’une culture qu’une autre culture ne peut juger de l’«extérieur».

Il y a désormais en France une culture officielle, une esthétique certifiée conforme, celle des scènes nationales de théâtre, par exemple, aux mises en scène interchangeables. Elle vise paradoxalement à manifester en tous lieux la liberté d’expression, pour peu que celle-ci ne désigne aucun rapport social réel, n’entraîne aucune conséquence fâcheuse et soit littéralement sans objet. Provocations adolescentes, esthétique ludico-décadente, citations ironiques (8)... On s’y ennuie ferme, mais on y applaudit fort! En même temps qu’il dépolitise, l’entretien du culte de la «culture» contribue à domestiquer les classes moyennes cultivées en réaffirmant la frontière qui les sépare des classes populaires.

Ainsi du visiteur qui, au milieu des années 1990, pénétrait dans telle Maison de la culture du Nord pour y découvrir une interminable rangée de bidons remplis d’eau alignés contre un mur et surmontés d’une petite photographie indiquant la provenance du liquide. Face à l’«œuvre», trois attitudes fréquentes. Un familier de l’art contemporain disposant des outils culturels adéquats pourra admirer le «dispositif». Un profane dépossédé de ces ressources se révoltera contre une «supercherie», se dira qu’il peut en faire autant, maudira tous les artistes et éprouvera un sentiment d’infériorité sociale. Entre les deux, le visiteur imprégné de «bonne volonté culturelle» se convaincra qu’il y a là une «démarche», une «intention», quelque chose de supérieur qu’il convient d’apprécier — acquiescement soumis qui signe son appartenance aux classes moyennes cultivées.

Pareille imposition n’est pas sans conséquence, surtout en ces moments de crise économique où le basculement des classes moyennes du côté des classes populaires plutôt que vers les dominants représente un enjeu politique important. Le dressage «culturel» sert cette deuxième option. C’est pourquoi un programme réellement de gauche devrait se démarquer du concept de culture pour soutenir celui d’éducation populaire.

Les fédérations labellisées «d’éducation populaire» en sont loin (9). Embrigadées dès le début des années 1980 dans les innombrables dispositifs de traitement social des populations dites «en difficulté», combien d’entre elles administrent, en échange de subventions, des programmes de «mobilité des jeunes», d’«éducation tout au long de la vie», de «défi-jeunes» et autres apprentissages de la flexibilité et de l’esprit d’entreprise, pendant que d’autres, engagées dans la «politique de la ville», œuvrent à l’«insertion» des classes populaires à coups de «développement local», de «développement culturel» et d’«animation socioculturelle» (10)?

En 2002, l’Association pour la taxation des transactions pour l’aide aux citoyens (Attac), fondée quatre ans plus tôt, obtenait son agrément en tant qu’association nationale de jeunesse et d’éducation populaire. Et, soudain, un contraste apparaissait : si Attac fait de l’éducation populaire en informant sur l’économie, en expliquant les inégalités et en proposant des moyens d’y remédier, alors que font les autres?

On peut ainsi distinguer deux conceptions de l’action par la culture : l’«action culturelle», qui vise à rassembler autour de valeurs «universelles», consensuelles (l’art, la citoyenneté, la diversité, le respect, etc.). Et l’éducation populaire, qui vise à rendre lisibles aux yeux du plus grand nombre les rapports de domination, les antagonismes sociaux, les rouages de l’exploitation (11). La crise économique pourrait bien dissiper les mirages de l’une et remettre l’autre au goût du jour.

Franck Lepage

Ancien directeur du développement culturel à la Fédération française des maisons des jeunes et de la culture. Auteur et interprète de la conférence théâtrale L’Education populaire, Monsieur, ils n’en ont pas voulu..., 2007 (Le Cerisier, Cuesmes, Belgique), et membre de la coopérative d’éducation populaire Le Pavé.
Selon la définition de Mlle Nicole Lefort des Ylouses, instructrice d’éducation populaire recrutée en 1944 par Mlle Faure.

(2) L’âge de la majorité civile est passé de 21 ans à 18 ans en 1974.

(3) A l’exception notable de M. Roger Bambuck, secrétaire d’Etat à la jeunesse et aux sports de 1988 à 1991.

(4) Philippe Urfalino, L’Invention de la politique culturelle, La Documentation française, Paris, 1996.

(5) Marie-Ange Rauch, Le Bonheur d’entreprendre. Les administrateurs de la France d’outre-mer et la création du ministère des affaires culturelles, La Documentation française - ministère de la culture, Paris, 1998.

(6) Françoise Tétard, «L’éducation populaire : l’histoire d’un rattachement manqué», dans Les Affaires culturelles au temps d’André Malraux, 1959-1969, Comité d’histoire du ministère de la culture, La Documentation française, Paris, 1996.

(7) Alain Brossat. Le Grand Dégoût culturel, coll. «Non conforme», Seuil, Paris, 2008.

(8) Jean-Paul Curnier, Manifeste, Léo Scheer, Paris, 2000.

(9) Contrairement à la France, l’éducation populaire, politique et critique, prospère dans certains pays d’Amérique latine et demeure ancrée dans le mouvement social en Belgique ou au Québec.

(10) Lire le «Dico de la langue de bois» sur le site Le pavé.

(11) Cf. «Le travail de la culture dans la transformation sociale : une offre publique de réflexion du ministère de la jeunesse et des sports sur l’avenir de l’éducation populaire», La Documentation française, Paris, 2001.