23/04/2014

ART OU CULTURE

De l’éducation populaire à la domestication par la «culture»

Il y a cinquante ans, le général de Gaulle présidait à la création du ministère des affaires culturelles. La naissance de cette institution a précipité le déclin d’un autre projet, à présent méconnu : l’éducation politique des jeunes adultes, conçue dans l’immédiat après-guerre comme un outil d’émancipation humaine. Pour ses initiateurs, culture devait rimer avec égalité et universalité.

par Franck Lepage, mai 2009

En France, quand on prononce le mot «culture», chacun comprend «art» et plus précisément «art contemporain». Le mot Culture, avec son singulier et sa majuscule, suscite une religiosité appuyée sur ce nouveau sacré, l’art, essence supérieure incarnée par quelques individus eux-mêmes touchés par une grâce — les «vrais» artistes. La population, elle, est invitée à contempler le mystère.

Entamée dès les années 1960 sous l’égide du ministère des affaires culturelles, la réduction de la culture à l’art représente une catastrophe intellectuelle pour tout homme ou toute femme de progrès. Si «culture» ne veut plus dire qu’«art», alors ni l’action syndicale, ni les luttes des minorités, ni le féminisme, ni l’histoire, ni les métiers, ni la paysannerie, ni l’explication économique, etc., ne font plus partie de la culture. Entre cette dernière et la politique s’instaure un rapport d’exclusion. Et la gauche a un problème. Tel n’a pas toujours été le cas. Il fut un temps — pas si éloigné — où un petit groupe de militants nichés au cœur des institutions françaises tentait de faire rimer culture — populaire — et politique.

En 1944, un paquebot fait route tous feux éteints vers la France. A son bord, une jeune femme. Cinquante ans plus tard, elle se rappelle : «Ma prise de conscience date de 1942 et de la promulgation des lois antijuives par l’Etat français. J’étais alors professeure de lettres au lycée de jeunes filles d’Oran, en Algérie. J’ai été totalement choquée par la tranquillité avec laquelle ces lois antisémites ont été acceptées et mises en œuvre par mes collègues.» La vénérable dame de 86 ans qui nous livre ses souvenirs, ce jour de 1994, se nomme Christiane Faure. Elle repose désormais au cimetière de Lourmarin (Vaucluse) à côté de sa sœur et de son beau-frère, Albert Camus.

Elle raconte comment les noms juifs sont rayés à l’encre rouge; comment ses élèves quittent l’établissement, leur blouse sous le bras. Mlle Faure organise alors des cours clandestins de préparation au baccalauréat. L’affaire s’ébruite; on la menace; elle persiste. Après le débarquement d’Algérie en novembre 1942, l’enseignante intègre le Gouvernement provisoire d’Alger dans le «service des colonies», dirigé par René Capitant, ministre de l’éducation nationale. Ce dernier est chargé de remettre les textes officiels sur leurs pieds républicains. En 1944, Mlle Faure regagne la France avec le Gouvernement provisoire.

« Capitant nous a réunis pour nous annoncer que Jean Guéhenno créait un service d’éducation des adultes — un “bureau de l’éducation populaire” — et a demandé qui voulait s’en charger. J’ai levé la main à la surprise générale.» Dégoûtée de l’éducation nationale, Mlle Faure ne veut plus enseigner aux enfants. «La “laïcité” [à prendre ici au sens de «neutralité politique»] imposée aux enseignants ne me convenait plus. Elle empêchait toute explication franche, directe, c’est-à-dire politique, avec la jeunesse. La laïcité devenait une religion qui isolait comme les autres. Dans un cadre d’éducation des adultes, il me semblait qu’on pourrait dire tout ce qu’on voudrait. D’où mon choix pour l’éducation populaire : cadre neuf, cadre libre, où pourrait se développer l’esprit critique.» Guéhenno en est le garant. Ouvrier devenu professeur à Louis-le-Grand puis écrivain à force d’étudier, ce résistant conçoit sa mission comme un sacerdoce. Il s’agit «d’élever au plan de l’enseignement ce qui était livré aux propagandes, la formation des citoyens». (Le Figaro, 2 mai 1952.)

«En vain toutes les chaînes
auraient été brisées»

A la Libération, les horreurs de la seconde guerre mondiale ont remis au goût du jour cette idée simple : la démocratie ne tombe pas du ciel, elle s’apprend et s’enseigne. Pour être durable, elle doit être choisie; il faut donc que chacun puisse y réfléchir. L’instruction scolaire des enfants n’y suffit pas. Les années 1930 en Allemagne et la collaboration en France ont démontré que l’on pouvait être parfaitement instruit et parfaitement nazi. Le ministère de l’éducation nationale convient donc qu’il incombe à la République d’ajouter un volet à l’instruction publique : une éducation politique des jeunes adultes.

Les conventionnels de 1792 l’avaient déjà compris : se contenter d’instruire des enfants créerait une société dans laquelle les inégalités seraient fondées sur les savoirs. « Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, tonne le marquis de Condorcet à la tribune de l’Assemblée nationale, le 20 avril 1792.Le genre humain restera partagé en deux classes : celle des hommes qui raisonnent et celle des hommes qui croient, celle des maîtres et celle des esclaves.» Le député de l’Aisne, à qui l’on attribue généralement la paternité de l’expression «éducation populaire», propose de poursuivre l’instruction des citoyens «pendant toute la durée de la vie». Mais cela ne saurait suffire. Quand Condorcet évoque (déjà!) cette «partie de l’espèce humaine» astreinte dans les «manufactures» à «un travail purement mécanique» et pointe la nécessité pour ces individus de «s’élever», de «connaître et d’exercer leurs droits, d’entendre et de remplir leurs devoirs», il ne s’agit plus seulement d’instruction mais d’éducation politique.

Ces deux dimensions, pas toujours conciliables, fondent l’ambiguïté de l’«éducation populaire». Pour les classes moyennes à l’origine des mouvements laïques tels que la Ligue de l’enseignement (1881), il s’agit d’éduquer le peuple en appoint de l’école ou de pallier l’absence de celle-ci. Une seconde acception renvoie à toute forme d’éducation émancipatrice dont la forme serait populaire. Elle revendique l’héritage des expériences d’éducation critique et politique qui traversent le mouvement ouvrier à la fin du XIXe siècle (syndicalisme révolutionnaire, bourses du travail).

A bord du navire qui vogue sans phares vers la France, Mlle Faure songeait plutôt à la seconde... Ainsi après Auschwitz — à cause d’Auschwitz —, on envisage à nouveau l’éducation politique des jeunes adultes. Mlle Faure et Guéhenno recrutent des professionnels de la culture populaire issus du théâtre (Hubert Gignoux, Henri Cordreaux, Charles Antonetti, Jean Rouvet...), de la radio (Pierre Schaeffer), du cinéma, de la photographie, du livre (Jean Nazet), des arts plastiques ou de la danse, de l’ethnologie, etc. Leur mission : inventer les conditions d’une éducation critique des jeunes adultes par les moyens de la culture populaire, ou encore «susciter par la réflexion et la pratique une attitude propice à l’éducation des adultes (1)».

En 1944 naît au sein de l’éducation nationale une direction de la culture populaire et des mouvements de jeunesse, vite rebaptisée direction de l’éducation populaire et des mouvements de jeunesse. «Jeunesse» ne signifie pas encore «adolescence» — ce sens apparaîtra dans les années 1960 : un «jeune», en 1945, est un adulte de 21 ans (2). Parallèlement est instituée une direction des arts et lettres. Jeanne Laurent, ancienne résistante, s’y emploiera à décentraliser le théâtre. Interrogée sur leurs rapports, Mlle Faure souligne à quel point les deux problématiques étaient différentes : «Jeanne Laurent, c’était les beaux-arts... Nous, c’était la culture, la démocratie.» Une distinction appelée à s’effacer...

La petite administration de l’éducation populaire durera moins de quatre ans. Après le début de la guerre froide, la lutte entre gaullistes et communistes s’envenime. L’éducation des jeunes adultes constitue vraisemblablement un enjeu tel qu’aucun des deux protagonistes ne veut risquer que l’autre la contrôle. En 1948, on s’accorde sur sa fusion, «pour mesure d’économie publique», avec la direction de l’éducation physique et des activités sportives dans une impayable «direction générale de la jeunesse et des sports», matrice du ministère souvent confié depuis à de non moins impayables sportifs (M. Bernard Laporte), généralement ignorants des questions d’éducation populaire (3). En d’autres termes : il n’y aura pas de service public d’éducation démocratique, critique ou politique des jeunes adultes en France. Ils feront plutôt du kayak! Guéhenno démissionne, Mlle Faure retourne en Algérie diriger un service d’éducation populaire non rattaché au sport.

Les affaires culturelles
victimes d’une roulette russe

Pourtant, une impulsion a été donnée. Dès les années 1950, les instructeurs d’éducation populaire recrutés par Mlle Faure rêvent de quitter le sport, dont ils n’ont que faire, et imaginent la création de leur propre ministère. Leur sous-directeur, Robert Brichet, esquissera même en 1956 le projet d’un «ministère des arts». Pour cela, il faut acclimater le concept de «ministère de la culture», expérimenté par des pays totalitaires, pour en faire un ministère de la culture démocratique. Un ministère de l’éducation populaire en somme. Qui nommer à sa tête? Du côté des instructeurs, on pense au philosophe Camus, directeur d’une maison de la culture à Alger, fondateur du théâtre du travail et adepte de la création collective contre la création individuelle.

L’histoire en décidera autrement. Parvenu au pouvoir, le général de Gaulle veut récompenser la fidélité d’André Malraux, ministre de l’information sous la IVe République et directeur de la propagande du Rassemblement du peuple français (RPF), fondé par le général en avril 1947. Débute alors une sorte de roulette russe institutionnelle dont l’éducation populaire sortira perdante. En 1959, le président de la République demande au chef du gouvernement, Michel Debré, de trouver un ministère pour son chantre officiel. Malraux demande un grand ministère de la jeunesse, domaine encore très sensible après Vichy; on le lui refuse. Il réclame la recherche sans plus de succès. Puis il demande la télévision et essuie un troisième refus. Se souvenant du projet de «ministère des arts», Debré lui propose en désespoir de cause un ministère des affaires culturelles. Malraux accepte (4). On y rassemble le cinéma, les arts et lettres, l’éducation populaire et ses instructeurs nationaux. Le directeur du cabinet de Malraux, Pierre Moinot, ami de Mlle Faure, lui fait savoir la bonne nouvelle et l’invite à les rejoindre.

Contrairement à une idée reçue, l’auteur de La Condition humaine n’a pas «créé» ce ministère, qu’il n’a au demeurant pas réclamé. Son administration est bâtie par des fonctionnaires rapatriés de l’outre-mer qui, après la décolonisation, sont affectés aux affaires culturelles (5). Efficaces mais idéologiquement marqués par leur expérience précédente, ils influencent la doctrine du ministère. Lequel aura vocation à irradier à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières le feu de la grandeur nationale. Puissance de la France à l’international et pouvoir symbolique de l’Etat dans les régions; apologie de l’élite et du génie français. Un ministère profondément antipopulaire.

Les instructeurs d’éducation populaire qui pensaient avoir obtenu leur ministère ont perdu la partie. D’abord rattachée à Malraux en même temps que la direction des beaux-arts, la sous-direction de l’éducation populaire retourne définitivement à la jeunesse et aux sports (6). La coupure sera désormais établie entre culturel et socioculturel, entre «vraie» et «fausse» culture que seul l’Etat sera fondé à départager. Beaucoup attendaient que la gauche arrivant au pouvoir abolisse cette césure. Il n’en fut rien.

Cette histoire-là est plus connue : loin de rompre avec la vision élitiste et de reformuler la question culturelle sur des bases progressistes (tout le monde est producteur de culture, celle-ci n’étant rien d’autre qu’un rapport social), la gauche des années 1980 propulse la figure de l’artiste à des hauteurs jusque-là inconnues. Après le tournant libéral de 1983, la Culture majuscule réduite aux beaux-arts devient l’étendard d’un Parti socialiste qui, sur le plan économique, ne se distingue plus guère dès lors qu’il se résigne à faire le «sale boulot» de la droite. Mieux : l’action culturelle se substitue à l’action politique, comme l’illustre la commémoration du bicentenaire de la Révolution, le 14 juillet 1989.

Mis en scène par le publicitaire Jean-Paul Goude, le défilé intitulé «les tribus planétaires» présente chaque peuple non par un symbole de ses conquêtes politiques, de sa quête d’émancipation ou de la domination qu’il subit, mais par son signe «culturel» le plus anecdotique et le plus stéréotypique : les Africains nus avec des tam-tams, les Anglais sous la pluie, etc. Fin de la Révolution. Fin de la Politique. Fin de l’Histoire. Vive la Culture.

Rendre lisibles à tous
les antagonismes sociaux

Ce type de «culture» a remplacé la politique parce que la fonction du «culturel» est précisément de tuer le politique (7). Dépolitisée, réduite à l’esthétique, une culture n’est ni meilleure ni pire qu’une autre culture : elle est «différente». Le politique est l’affirmation d’un jugement de valeur. Le «culturel» est son anéantissement et la mise en équivalence généralisée sous l’empire du signe. La condamnation des violences faites aux femmes — l’excision, par exemple — est un geste «politique» : elle affirme qu’une société qui décrète l’égalité des hommes et des femmes est une société meilleure qu’une société qui ne la décrète pas. La tolérance de l’excision est en revanche «culturelle» : elle revendique la reconnaissance d’une culture qu’une autre culture ne peut juger de l’«extérieur».

Il y a désormais en France une culture officielle, une esthétique certifiée conforme, celle des scènes nationales de théâtre, par exemple, aux mises en scène interchangeables. Elle vise paradoxalement à manifester en tous lieux la liberté d’expression, pour peu que celle-ci ne désigne aucun rapport social réel, n’entraîne aucune conséquence fâcheuse et soit littéralement sans objet. Provocations adolescentes, esthétique ludico-décadente, citations ironiques (8)... On s’y ennuie ferme, mais on y applaudit fort! En même temps qu’il dépolitise, l’entretien du culte de la «culture» contribue à domestiquer les classes moyennes cultivées en réaffirmant la frontière qui les sépare des classes populaires.

Ainsi du visiteur qui, au milieu des années 1990, pénétrait dans telle Maison de la culture du Nord pour y découvrir une interminable rangée de bidons remplis d’eau alignés contre un mur et surmontés d’une petite photographie indiquant la provenance du liquide. Face à l’«œuvre», trois attitudes fréquentes. Un familier de l’art contemporain disposant des outils culturels adéquats pourra admirer le «dispositif». Un profane dépossédé de ces ressources se révoltera contre une «supercherie», se dira qu’il peut en faire autant, maudira tous les artistes et éprouvera un sentiment d’infériorité sociale. Entre les deux, le visiteur imprégné de «bonne volonté culturelle» se convaincra qu’il y a là une «démarche», une «intention», quelque chose de supérieur qu’il convient d’apprécier — acquiescement soumis qui signe son appartenance aux classes moyennes cultivées.

Pareille imposition n’est pas sans conséquence, surtout en ces moments de crise économique où le basculement des classes moyennes du côté des classes populaires plutôt que vers les dominants représente un enjeu politique important. Le dressage «culturel» sert cette deuxième option. C’est pourquoi un programme réellement de gauche devrait se démarquer du concept de culture pour soutenir celui d’éducation populaire.

Les fédérations labellisées «d’éducation populaire» en sont loin (9). Embrigadées dès le début des années 1980 dans les innombrables dispositifs de traitement social des populations dites «en difficulté», combien d’entre elles administrent, en échange de subventions, des programmes de «mobilité des jeunes», d’«éducation tout au long de la vie», de «défi-jeunes» et autres apprentissages de la flexibilité et de l’esprit d’entreprise, pendant que d’autres, engagées dans la «politique de la ville», œuvrent à l’«insertion» des classes populaires à coups de «développement local», de «développement culturel» et d’«animation socioculturelle» (10)?

En 2002, l’Association pour la taxation des transactions pour l’aide aux citoyens (Attac), fondée quatre ans plus tôt, obtenait son agrément en tant qu’association nationale de jeunesse et d’éducation populaire. Et, soudain, un contraste apparaissait : si Attac fait de l’éducation populaire en informant sur l’économie, en expliquant les inégalités et en proposant des moyens d’y remédier, alors que font les autres?

On peut ainsi distinguer deux conceptions de l’action par la culture : l’«action culturelle», qui vise à rassembler autour de valeurs «universelles», consensuelles (l’art, la citoyenneté, la diversité, le respect, etc.). Et l’éducation populaire, qui vise à rendre lisibles aux yeux du plus grand nombre les rapports de domination, les antagonismes sociaux, les rouages de l’exploitation (11). La crise économique pourrait bien dissiper les mirages de l’une et remettre l’autre au goût du jour.

Franck Lepage

Ancien directeur du développement culturel à la Fédération française des maisons des jeunes et de la culture. Auteur et interprète de la conférence théâtrale L’Education populaire, Monsieur, ils n’en ont pas voulu..., 2007 (Le Cerisier, Cuesmes, Belgique), et membre de la coopérative d’éducation populaire Le Pavé.
Selon la définition de Mlle Nicole Lefort des Ylouses, instructrice d’éducation populaire recrutée en 1944 par Mlle Faure.

(2) L’âge de la majorité civile est passé de 21 ans à 18 ans en 1974.

(3) A l’exception notable de M. Roger Bambuck, secrétaire d’Etat à la jeunesse et aux sports de 1988 à 1991.

(4) Philippe Urfalino, L’Invention de la politique culturelle, La Documentation française, Paris, 1996.

(5) Marie-Ange Rauch, Le Bonheur d’entreprendre. Les administrateurs de la France d’outre-mer et la création du ministère des affaires culturelles, La Documentation française - ministère de la culture, Paris, 1998.

(6) Françoise Tétard, «L’éducation populaire : l’histoire d’un rattachement manqué», dans Les Affaires culturelles au temps d’André Malraux, 1959-1969, Comité d’histoire du ministère de la culture, La Documentation française, Paris, 1996.

(7) Alain Brossat. Le Grand Dégoût culturel, coll. «Non conforme», Seuil, Paris, 2008.

(8) Jean-Paul Curnier, Manifeste, Léo Scheer, Paris, 2000.

(9) Contrairement à la France, l’éducation populaire, politique et critique, prospère dans certains pays d’Amérique latine et demeure ancrée dans le mouvement social en Belgique ou au Québec.

(10) Lire le «Dico de la langue de bois» sur le site Le pavé.

(11) Cf. «Le travail de la culture dans la transformation sociale : une offre publique de réflexion du ministère de la jeunesse et des sports sur l’avenir de l’éducation populaire», La Documentation française, Paris, 2001.

20/04/2014

VU DANS LA PRESSE

La parole raciste s'est banalisée l'an dernier, notamment à l'égard des musulmans et des Roms, analyse un rapport annuel sur la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie publié mardi 1er avril.

"Sur le long terme, le racisme en France diminue, le temps des ratonnades est révolu, mais le racisme qui se développe aujourd'hui est plus sournois et n'est plus réservé aux franges extrêmes. Il pénètre toutes les couches de la société", a commenté Christine Lazerges, présidente de la Commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH).

Les boucs émissaires aujourd'hui sont d'abord les Roms qui ont été stigmatisés, y compris par le gouvernement, et ensuite les musulmans arabes", a-t-elle précisé lors d'une conférence de presse.

Preuve de ce "climat préoccupant", davantage de Français assument être racistes, selon un sondage de l'institut BVA pour la CNCDH auprès d'un échantillon représentatif de 1.026 adultes: 9% se disent "plutôt racistes" (+2 points par rapport à 2012) et 26% "un peu racistes" (+4 points).

Ils sont aussi plus nombreux à considérer que l'intégration des immigrés fonctionne mal (63%, +7 points par rapport à 2012). L'islam est la religion la moins positivement connotée et 80% des sondés estiment que le port du voile pose problème pour vivre en société.

Les Roms migrants pâtissent d'une image extrêmement négative: 85% des sondés pensent qu'ils exploitent très souvent les enfants (+10 points par rapport à 2012) et 78% qu'ils vivent essentiellement de vols et de trafics (+7 points).

L'indice de tolérance, calculé à partir d'une série de questions posées aux sondés, recule pour la quatrième année consécutive.

Ces résultats révèlent un "refus croissant de l'autre différent" mais dévoilent aussi une "défiance vis-à-vis d'un antiracisme perçu comme censeur". La présidente de la CNCDH note d'ailleurs que "les associations antiracistes ont beaucoup plus de peine à susciter du soutien".

"Plus le niveau culturel est élevé, moins on est raciste"

Les Français condamnent en revanche sans équivoque l'antisémitisme et "l'indice d'acceptation" des juifs "reste de très loin supérieur à celui de tous les autres groupes", selon une étude qualitative de l'institut CSA, qui a mené 30 entretiens semi directifs en face à face du 9 au 17 décembre 2013.

85% des sondés estiment que les juifs sont des Français comme les autres (contre 65% pour les musulmans). Les clichés, comme la thèse d'un rapport particulier des juifs à l'argent, restent cependant très persistants et partagés, relève l'étude.

Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, actes et menaces antisémites ont baissé de 31 points entre 2012 et 2013 et les actes antimusulmans ont progressé de 11 points. Mais ces chiffres ne dévoilent que l'"écume" des phénomènes, souligne la présidente de la CNCDH.

Parmi ses recommandations, l'institution mise sur l'éducation et la formation, car "les sondages montrent que plus le niveau culturel est élevé, moins on est raciste", remarque Christine Lazerges.

La CNCDH réitère son souhait de créer un observatoire du racisme, de l'antisémitisme et de la xénophobie sur internet.

Sa présidente "regrette" que ce rapport n'ait pu être remis au Premier ministre que le 1er avril, après les élections municipales, et non le 21 mars, Journée internationale de lutte contre le racisme, comme chaque année : "C'est une occasion ratée de parler de ces questions de société".

Elle souligne aussi l'importance de montrer l'exemple au plus haut niveau :

Dans un gouvernement de gauche, on attend un discours clair, net sur ces questions et pas ambigü comme on l'a eu sur les Roms."

24/03/2014

VU SUR LE BLOG DE BERNARD DEVERT

 

th.jpg

 

Aux importantes mutations sociétales qui ne sont pas sans créer de l’inquiétude pour les personnes fragilisés, s’ajoutent les crises financières et économiques et, plus grave encore, une dévalorisation de la vérité pour être relativisée quand elle n’est pas bafouée.

Qu’est-ce-que la vérité ? Réduite à un concept elle est facilement contournée, sauf si elle est entendue pour ce qu’elle est, la condition d’entrer dans des relations justes. Certes, d’aucuns considèrent qu’elle est pour un autre monde. Paul Eluard ne nous rappelle-t-il pas que s’il est un autre monde, il est dans celui-ci.

La vérité se trouve moins qu’elle ne s’éprouve pour échapper à toute idée de possession. Source d’une création, elle ne se découvre qu’en s’éloignant de la démesure pour se laisser toucher par le fragile. Alors seulement, elle se propose à l’histoire de chacun.

Le premier résultat des élections municipales de ce dimanche souligne une lassitude, quand ce n’est pas un écœurement des successives politiques qui ont laissé s’installer un abîme au point d’avoir oublié l’urgente nécessité de faire société.

Les ruptures de la cohésion sociale ont suscité une sanction à commencer par celle d’une aggravation de la désaffection des urnes. Quelle attention a été portée à cette vérité objective que près de 15 millions des citoyens sont obligés de compter les quelques euros qui leur restent à la fin du mois. Quelle vigilance a été témoignée à ceux dont le reste pour vivre ne permet plus de se maintenir dans un logement social. Des territoires se sont senti abandonnés, exclus, notamment par un chômage massif des jeunes.

Cette abstention ne serait-elle pas signe de la désillusion.

Sans doute, l’endettement du Pays – qui est une faute collective, un mensonge largement partagé pour avoir joué la facilité en remettant à plus tard ses engagements – réduit les marges de manœuvre. La maturité des citoyens est plus forte qu’on ne le pense, mais pour ne pas l’avoir comprise, fut oubliée une parole claire suscitant un avenir. L’espoir déserte quand le mépris ou l’indifférence l’emporte sur le respect de la dignité qui est au cœur même de l’exigence de vérité.

Dans ce contexte de crise les orientations partisanes furent plus fortes que la recherche d’un modus operandi pour endiguer la précarité et la pauvreté.

La vérité ne s’inscrit que dans un discernement qui nécessite de regarder les faits tels qu’ils sont et non pas tels que nous voudrions qu’ils soient. Les lambris du pouvoir occultent la visibilité des fractures.

Si le politique a pour mission de privilégier le bien commun en mettant à leur place des intérêts particuliers, il lui faut du courage, de l’audace et une exemplarité pour trouver une majorité consentant à accepter de quitter ce qui est injuste, pour s’ouvrir à de nouveaux horizons.

La politique est une diaconie ; elle est vécue, soyons justes, par de nombreux élus mais les « affaires » ont saccagé la confiance jusqu’à faire naître cette formule délétère répétée à l’envi : ‘tous les mêmes’. Le vers est alors dans le fruit.

Le cynisme d’une minorité a entraîné des déviances au point que la promesse, au cœur même de la confiance, est difficilement habitée ; comment pourrait-il en être autrement quand on sait que de l’aveu de quelques puissants, elle n’engagerait que ceux qui l’écoutent.

L’auteur de la Pesanteur et la Grâce, Simone Weil, dit que ‘les biens le plus précieux ne doivent pas être cherchés mais attendus car l’homme ne peut les trouver par ses propres forces et s’il se met à leur recherche il trouvera à la place de faux biens : ils sont là, privilégiant un individualisme et un mépris du réel, laissant les plus faibles au bord d’un chemin.

Quel bien peut sortir de ces élections mettant en exergue la montée d’une extrême droite au risque d’une mise à mal de la ‘fraternité’ pour jouer sur le registre de la peur et de la stigmatisation de l’autre, de celui qui est différent.

Le livre de l’humanité souligne que la vérité rend libre pour nous éveiller au souffle des grands espaces.

Notre malheur ne serait-il pas que ce souffle épuisé devienne un soupir jusqu’à mettre sur les lèvres des jugements tout faits, justifiant ce désir inavoué d’un individualisme destructeur de la relation.

Souvenons-nous de Dostoïevski : si l’on propose, dit-il, de choisir entre le bonheur et la liberté, le drame c’est que beaucoup choisiront le bonheur’.

L’heure est de retrouver un souffle aux fins de s’éloigner de ces replis identitaires et suicidaires qui se présentent précisément comme des ‘petits bonheurs’ sans avenir et sans joie.

Tout commence par la mystique, disait Péguy, tout finit par la politique. Sans doute entendait-il cette approche politicienne qui précisément déserte la recherche d’une vérité qui se conçoit comme un appel à prendre un chemin de crête ; les risques de l’emprunter sont réels mais à le déserter ils sont certains.

Va vers ton risque, à te regarder, ils s‘habitueront dit Paul Eluard.

Bernard Devert
Mars 2014

03/03/2014

HAIR C'EST ENCORE DEPENDRE

1507-1.jpg

« C’est pour qui la banane ? C’est pour la guenon ! »... Peut-être un jour, quand ils auront grandi, les enfants qui ont crié cet infâme slogan au passage de Christiane Taubira à Angers le 25 octobre dernier liront le petit livre qu’il a inspiré à la Garde des Sceaux : « Paroles de liberté ».

Peut-être ces enfants emmenés par leurs parents à un rassemblement de la Manif pour tous réaliseront-ils alors à quel point ils ont pu faire du mal, et surtout, à quel point ils s’inscrivaient dans un phénomène ancien qui empoisonne la vie des hommes : le racisme.

On peut rêver...

La « banane » d’Angers, le 25 octobre 2013

Christiane Taubira ne passe pas 138 pages à parler de cet incident en particulier, ni même de la candidate du FN qui l’avait comparée à un singe, ni même encore à la une de Minute dans la même veine quelques jours plus tard.

Tout au plus dit-elle de la « pauvre petite fille » que l’on voit joyeusement sautiller sur la vidéo d’Angers :

« Que sera-t-elle préparée à comprendre du monde, et donc à comprendre d’elle-même, si des adultes, dont ses parents, parasitent encore longtemps l’innocence de son âge et y assèchent ces trésors de curiosité, de gourmandise pour l’autre, de goût pour l’inconnu qui, communément, l’habitent ? »

« Haïr, c’est encore dépendre »

La Garde des Sceaux inscrit plutôt cette série d’événements de l’automne dans son parcours personnel, et dans l’histoire plus vaste de la lutte contre le racisme. Elle en fait une arme de combat au lieu de s’en plaindre, plaçant en exergue une magnifique citation d’Aimé Césaire :

« Haïr, c’est encore dépendre ».

La native de Guyane a connu le racisme ordinaire à l’école, à l’université en métropole, dans la recherche d’appartements ou de petits boulots d’étudiante que seule la couleur de la peau distinguait des autres.

Elle l’a reconnu lorsque, devenue femme politique, elle est reléguée au statut de « candidate des minorités » quand elle se présente à la Présidentielle de 2002, ou quand elle est invitée sur les plateaux de télévision en 2005, lors des émeutes de banlieue, « du seul fait de ma couleur », alors qu’elle n’a aucune expertise particulière.

Elle l’a reconnu encore dans le célèbre discours de Dakar de Nicolas Sarkozy (et surtout d’Henri Guaino) en 2007 -« l’homme africain n’est pas entré dans l’histoire“-, et encore deux ans plus tard dans son tristement célèbre discous de Grenoble sur les Roms.

‘Le paradoxe est que je suis persuadée que ce président d’alors n’est pas raciste. Rien dans ses propos personnels ni dans son attitude n’autorise à le penser. Pourtant, il va produire ou au moins émettre une parole publique qui valide le rejet, l’exclusion sur les mêmes mécanismes que le racisme : un jugement global, une perception essentialiste de l’homme -l’homme africain, les Roms-, une négation de l’individu, un renvoi à l’origine et à l’appartenance, un enfermement dans une catégorie conceptuelle ou ethnique, une assignation identitaire, toutes sentences qui, subséquemment, homologuent tous les clichés du seul fait de l’apparence’.

Une description, qui, soit dit en passant, s’appliquent également aux propos de son collègue du gouvernement Manuel Valls sur les Roms au moment de l’affaire Léonarda l’an dernier. Mais ça, elle ne le dira pas, même si, sans doute, elle n’en pensa pas moins sur le coup.

‘Voilà pourquoi l’objet demeure le racisme et son éviction, à défaut de son impossible éradication ; mais le sujet, ce n’est plus moi. Le sujet, c’est tous ces sujets de droit, citoyens contestés dans leur appartenance ou soupçonnés d’appartenances déloyales, qu’il fait rétablir dans leurs droits et dans la plénitude de la citoyenneté. Ce sont eux qui sont exposés à des risques réels, eux qui peuvent se laisser happer par la désespérance ou les tentations nihilistes’.

‘Le nègre est une fiction éruptive et explosive’

Le propos de Christiane Taubira va plus loin en effet que les attaques racistes dont elle a fait l’objet. Elle puise dans l’histoire, dans l’analyse de Frantz Fanon, le psychiatre antillais devenu militant anti-colonial en Algérie, ou d’Achille Mbembe, l’intellectuel camerounais qui vient de publier une ‘Critique de la raison nègre’ (La Découverte, 2013).

Et avec eux, elle écrit :

‘Le nègre est une fiction éruptive et explosive, dont l’invention a produit de séculaires désintégrations et d’immémoriales convulsions’.

Elle appelle en particulier à reprendre à l’extrême-droite le concept de ‘Nation’ qui, ‘à ses origines et dans ses intentions, est bel et bien une communauté de destin forgée par des citoyens qui se dotent d’institutions afin de rendre possible la vie civile. Elle postule l’égalité entre les citoyens et entreprend ainsi ce que la République explicitera bientôt’.

‘La Nation n’a donc vraiment rien à faire dans la besace des obscurantistes, des nostalgiques d’un temps morne et cacochyme qui n’a jamais eu d’existence que dans des esprits épouvantés par la vie qui va et s’acharne, avec délectation, à esquiver le lasso des ombrageux’.

Elle appelle aussi à réhabiliter l’Europe, ‘contre elle et malgré elle’...

Et, faisant écho indirectement à l’affaire Dieudonné et à ses soubresauts, la Garde des Sceaux appelle à croire en la France,

‘à un moment où, plus encore que par les difficultés économiques, la société française est travaillée par le doute existentiel, par une incertitude sur ses potentialités créatrices, par une incompréhension de son entour, par une oppressante irrésolution quant à son avenir, chacun doit entendre qu’il ne peut se réfugier dans n’importe quelle anse, certaines baies son envasées’...

Un livre de combat, donc, pour une France qui resterait fidèle au serment du Jeu de paume du 20 juin 1789 quelle rappelle en conclusion :

  • ‘à la nation sans nationalisme ;
  • à l’Identité nationale sans xenophobie ;
  • à l’Individuation sans égoïsmes ;
  • à la République sans rigorismes ;
  • à la laïcité sans laïcisme’.

A faire lire assurément à la gamine d’Angers, mais aussi à tous ceux qui doutent et qui errent dans les coins obscurs de la pensée politique. Et même à ceux qui ne doutent pas, mais n’ont plus toujours les ressorts suffisants pour dire ‘non’ à voix haute lorsqu’une ministre de la République est victime d’un racisme toujours aussi prégnant.

MERCI RIVERAINS RUE89!

28/02/2014

L'AFFICHE ROUGE

Le 21 février 1944, vingt-deux combattants FTP-MOI sont fusillés au Mont Valérien, Olga Bancic, la seule femme du procès des vingt-trois, est décapitée le 10 mai de la même année en Allemagne. Joseph Epstein, arrêté en même temps que Missak Manouchian, sera fusillé après avoir été longuement torturé, le 11 avril 1944.

 

Armee_20du_20Crime_Affiche_20rouge-16eeb.jpg

 

 

Il y a soixante-dix ans, une affiche est placardée sur les murs de Paris et dans les villes de France stigmatisant la Résistance avec le souci esthétique de présenter dix visages d’étrangers au service de « l’armée du crime », une bande de criminels à la solde de Moscou. Il s’agit de dénoncer avec éloquence le complot judéo-bolchevique. Cette mise en scène propagandiste très soignée, tant par sa composition que par les arguments qui sont retenus, se veut pédagogique, elle interpelle le passant, l’invite à cautionner l’entreprise mensongère, sans qu’aucun recul ne puisse édulcorer sa perception, le jugement est définitif : ladite résistance est le fait de hordes cosmopolites qu’il s’agit de réprimer, d’anéantir. Mensonge et abjection sont des pratiques courantes chez les nazis et leurs amis collaborateurs français, le perfectionnement de l’ignominie et de ce qu’il y a d’humainement vil fut une discipline que la Gestapo et la police française ont su parachever.

 

Cette affiche de couleur rouge est bien plus qu’un simple avis de condamnation, d’exécution, elle est une tache de sang, mais de quel sang s’agit-il ? Dix visages d’hommes manifestement torturés, dix photographies figeant définitivement des suppliciés dans des cercles ; images saisies à la prison de Fresnes quelques heures avant l’exécution. À cela, s’ajoutent des photos représentant un dépôt d’armes, un déraillement de train, un corps criblé de balles. De toute évidence, il doit être admis que seuls le crime et la barbarie animent ces terroristes que nous ne tarderons pas à identifier comme étant les martyrs fusillés de l’Affiche rouge, les vingt-trois dudit « groupe Manouchian », ainsi qu’il fut nommé après la guerre.

 

L’identification de l’Affiche rouge, comme singularité de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, nous impose de reconnaître comme événement tout aussi singulier la permanence de son empreinte dans l’imaginaire collectif, nous invite aussi à nous départir de toute mystification alimentant la légende. Cette identification est contrainte doublement, il y a le moment de son apparition sur les murs des villes en 1944, sa détermination purement propagandiste, et le moment de son intégration à l’histoire de la Résistance, intégration qui révèle la singularité dont nous voulons parler, à savoir, la dimension du combat émancipateur mené par ces combattants et qui dépasse de loin un simple acte de résistance, partant de là, nous ne minimisons aucunement « l’acte de résistance ». Si dans un premier temps l’accent est mis sur le cosmopolitisme de ces individus au service des agents juifs de Moscou, le déterminant judéo-bolchevisme, nous devons aussi nous saisir de la traduction qui est faite de l’événement « Affiche rouge » au lendemain de la Libération, précisément dans l’histoire de la Résistance et de sa singularité, la Résistance communiste. Force est de constater qu’il y eut une volonté politique de formater la Résistance en vertu de critères politiciens, à savoir la réconciliation nationale pour le moins mise à mal pendant les années d’épuration ; c’est avec et par le général de Gaulle que la Résistance est reconnue et glorifiée. Dans cette période de confusion mais aussi de réconciliation nationale, de reconstruction de l’identité républicaine, le parti communiste français, le « parti des fusillés » ainsi qu’il se définit encore aujourd’hui, va donner une idée tout autre de ce que fut la Résistance et précisément du rôle des étrangers dans cette Résistance ; la Résistance doit être à tout prix française. Il nous paraît important de souligner ce fait, en même temps que l’on tait, le taire évite de le nier, le rôle déterminant des étrangers combattant dans les maquis et les villes, on oblitère cette séquence historique de sa dimension internationaliste et précisément l’on tait la volonté révolutionnaire qui animait bon nombre de ces combattants pour certains anciens de la guerre d’Espagne, pour d’autres militants communistes dans les pays d’Europe de l’Est.

 

Qu’est-ce que commémoration et reconnaissance ? En 1955, Louis Aragon écrit un magnifique poème Strophes pour se souvenir figurant dans le recueil intitulé Le Roman inachevé. Cela coïncide avec l’inauguration d’une rue parisienne qui portera le nom « Groupe-Manouchian » dans le XXe arrondissement. Le temps des commémorations, du souvenir est désormais à l’ordre du jour. La Résistance dans sa singularité étrangère est admise, voire reconnue mais vidée de sa détermination, de son épaisseur internationaliste. Elle est entièrement circonscrite à ce que les institutions de la République autorisent en termes d’interprétation pour une mémoire respectueuse parfois même religieuse, c’est-à-dire rien de plus qu’une « indignation » devant l’horreur subie par les combattants eux-mêmes en ces sombres années, tortures et exécutions massives, tout cela teinté de vertu « droit de l’hommiste » pour rasséréner ce qu’il reste de conscience. Le rôle du parti communiste est tout à fait remarquable de cette discipline d’omerta et l’indignation lui profite, elle permet de maintenir une sorte de consensus autour de l’histoire de cette période de guerre impérialiste. Pour illustrer notre propos, celui-là alors que tant d’autres pourraient être évoqués, rien de moins que cette parution : Lettres de fusillés publiée par les Éditions Sociales en 1970 avec une préface de Jacques Duclos. Pas une seule fois des combattants de la MOI sont identifiés comme tels, au demeurant seul Missak Manouchian, qui devient Michel Manouchian pour Jacques Duclos, est cité et c’est en page 117 de l’ouvrage que l’on peut lire la lettre qu’il adressa à sa femme Mélinée avant d’être fusillé, lettre amputée d’un passage sans que l’on puisse le justifier par le manque de place.

 

Lorsque les capitulations d’une époque deviennent les seuls principes et que l’humanité toute entière sombre dans la barbarie, il est plus que nécessaire de réexaminer ce qui, dans l’histoire touche à l’universel produit par l’éveil des révolutions, la dynamique d’émancipation.

 

Faisons de l’Affiche rouge, de ce qui la produit négativement, une histoire politique. Considérons-la en dehors de la geste commémorative. Qu’est ce lieu « Affiche rouge » en ces temps d’effondrement de la conscience politique ? Qu’est-ce qui est constitutif de cet héritage mémoriel débarrassé de sa dimension émotionnelle ? Posant ces questions, nous pouvons prétendre à une continuité identifiable, nous réapproprier un sens retenu par le gouvernement chronologique de l’histoire, nous pouvons nommer une singularité en tant qu’elle est la condition même de son postulat et qu’elle se réalise dans la conscience. Nous avons déterminé l’Affiche rouge comme étant un lieu, une permanence, dont la multiplicité loin de se soustraire à la mémoire, nous réinvite à son sens premier, à ce qui l’a produit, le combat pour l’émancipation. Le lieu « Affiche rouge » est ce que nous avons défini en termes de proximité, dès lors la trace mémorielle, suffisante pour qui commémore, s’instruit d’un plus dans une autre pratique où mémoire et universalité concentrent le lieu, là où il est défini comme expérience en devenir. Le lieu « Affiche rouge » est donc évolutif, il ne se laisse pas contraindre, il est, au moment de l’identification de la possibilité historique, dynamique de transformation, il se révèle par là même dans son épaisseur révolutionnaire.

 

Le 21 février 1944, date en devenir de l’Affiche rouge, est un événement dont le lieu « Affiche rouge » se présente à l’universalité des possibles de l’émancipation .

 

Le 21 février 2014

Patrice Corbin

 

19/02/2014

FRANCOIS HOLLANDE :STOP BASHING

Dans trois mois François Hollande va fêter son 2ème anniversaire à l’Elysée. Sa côte de popularité est au plus bas et il semble difficile de penser la voir baisser encore plus. Depuis 2 ans, l’opposition de droite fait son boulot et tire à boulets rouges sur l’action gouvernementale, quitte à se dédire… Le précédent gouvernement met en place les portiques écotaxe ? Les mêmes soutiendront les Bonnets Rouges dans leur combat contre les portiques. Le précédent gouvernement redéfinit les attributions de l’Education Nationale en précisant dans la loi que le ministre « contribue à la définition et à la mise en œuvre de la politique du Gouvernement en matière d’égalité des chances et de lutte contre les discriminations ». Dans ce cadre, l’UMP écrit en 2011 dans sa définition du pacte républicain qu’ « il faut aider les filles et les garçons à percevoir positivement leur genre et celui du sexe opposé ». Deux ans et demi plus tard, d’anciens ministres comme Bruno Lemaire annonce que l’école primaire n’est là que pour apprendre à lire, écrire et compter et que le reste n’est que du ressort des parents… De la même façon Rachida Dati n’hésite pas à critiquer publiquement Christiane Taubira pour une application d’une loi judiciaire mise en place en 2009 par elle-même.

Si seule l’opposition de droite se ridiculisait en revenant sur ses propres lois, François Hollande serait bien plus haut dans les sondages. Mais il manque une union à gauche. On s’attendait à voir un Jean-Luc Mélenchon donner de la voix. Il le faisait déjà durant le campagne présidentielle contre le candidat Hollande, il continue sur le même registre après l’élection. En tapant de manière irréfléchie contre la politique de François Hollande, il ne fait pas le jeu de sa formation politique mais pousse les Français à se dire que la gauche au pouvoir est un échec.

On s’attendait un peu moins à voir une minorité de membres influents du Parti Socialiste se joindre au flot de critiques ambiantes. Bien sur qu’ils ont en partie raison et que d’autres politiques sont possibles. Mais en critiquant ouvertement le gouvernement, eux aussi font le jeu de l’opposition. Surtout que cette opposition de principe ne respecte en rien le choix des Français qui furent plus de 3 millions à venir voter lors de la primaire citoyenne et faire ressortir assez largement François Hollande (et non l’aile gauche du PS). Ils ne respectent pas non plus le choix des militants socialistes qui ne furent que 13 % à voter pour la motion portée par l’aile gauche du PS.

Avec toutes ces critiques venant de partout, on en oublie que le gouvernement a à son actif de belles réalisations. Commençons pas la réalisation la moins remarquée, la politique d’immigration de Manuel Valls. Depuis 2012, le ministre de l’Intérieur a abolit la circulaire Guéant qui empêchait les étudiants étrangers qui obtenaient un diplôme en France d’entrer dans la vie active dans ce pays. Il a également respecté la promesse électorale de François Hollande en assouplissant les critères de naturalisation, résultats, en 2013 les indicateurs sont à la hausse (+ 6 % de visas étudiants ; + 13 % de naturalisations).

Autre grand marqueur socialiste, l’action de Michel Sapin au Ministère du Travail où il réalise un boulot monstre pour redonner un sens au dialogue social. Depuis 2 ans, aucun projet de loi impactant le monde du travail n’est réalisé sans un accord avec les partenaires sociaux. On est loin du mépris sarkoziste envers ces mêmes syndicats.

Dernier exemple, la lutte contre le chômage. Bien sur la courbe générale du chômage n’a pas pu être inversée avant la fin de l’année 2013 même si elle a vu sa première baisse depuis avril 2011. En revanche il y a moins de chômeurs de moins de 25 ans en décembre 2013 qu’il y en avait en janvier 2013.

Il est l’heure de se ressaisir. Après 10 années de critiques de gouvernements de droite, la gauche et surtout le PS doit savoir arrêter sa critique à tout va pour insister sur les réussites du gouvernement. La côte de popularité du président de la République et surtout les succès aux futures échéances électorales sont en jeu. Il est temps d’arrêter le bashing gouvernemental. Le gouvernement aura besoin de soutiens pour faire passer la future réforme pénale, pour continuer sa campagne pour plus de créations d’emplois, pour continuer le redressement du pays.

 

mediavox.PNG

 

Cyril Marcant

10/02/2014

ETAT D'URGENCE DE MARIO SUARES

« L’austérité conduit l’Europe vers la dictature », déclare l’ancien Président socialiste portugais Mario Soares, « la révolution est inévitable en Europe »

 par Gérard Filoche

 
 

« État d’urgence » du Portugal à l’Europe, de Mario Soares

Mario Soares, 88 ans, ex- premier ministre, (1976-78 et 1983-1985) et ancien président socialiste de la République portugaise (1986 à 1996) , vient de publier aux Éditions de la différence un petit livre de 140 pages qui devrait faire événement par la vigueur de sa dénonciation de « l’austérité libérale qui conduit l’Europe à la dictature ».

Politique d’austérité criminelle

« La crise de la zone euro – provoquées par l’idéologie néolibérale et par la politique d’austérité imposée principalement par l’Allemagne de la chancelière Merkel – a mené le Portugal et presque tous les autres pays de la monnaie unique à la ruine ».

« Il faut en finir avec cette crise maintenant », reprend Mario Soares avec le prix Nobel Paul Krugman.« Il faut réduire drastiquement cette « maudite » politique d’austérité (qu’il qualifie même de « criminelle » – p.97) pour faire reculer la récession dans les pays en proie aux marchés spéculatifs et faire baisser le fléau du chômage. »

« Le Portugal vit ses pires moments depuis 1974 » s’exclame Mario Soares qui demande carrément au Parti socialiste de ne pas « rester entre deux » et de voter avec le PCP la condamnation du gouvernement de droite PDS CDS-PP de Pedro Passos Coelho. « Il est en train de tuer le pays, à cause de sa politique néolibérale qui exige la stabilité et le paiement à la troïka (formée par le FMI, la BCE, et la commission européenne), elle-même vassale des marchés qui ne pensent qu’à gagner de l’argent. »

Dette : « nous ne paierons pas »

« On nous oblige à payer des intérêts exorbitants en échange de leur prêt. Je suis partisan de la méthode de l’Argentine et du Brésil qui, lorsqu’ils se sont trouvés dans cette situation, ont dit : “nous ne paierons pas”. Il n’ont pas payé et personne n’est mort, bien au contraire ».

Paralysé, le gouvernement de droite a dû reculer, et s’embourbe. Et en attendant il enfonce le pays dans la misère, proposant de supprimer 208 000 emplois en 2014, avec les plus grandes coupes jamais réalisées dans les dépenses sociales… Comme partout la droite imbécile veut vendre, ici la TAP (transports aériens portugais) et les CTT (Correios de Portugal, créée en 1520) qui dégagent pourtant 74 millions d’euros de bénéfice, et veut fermer 200 bureaux de Poste. Mais quand ils ont voulu, sur ordre de la Commisssion européenne, baisser les cotisations sociales patronales de 22,5 à 18, 5 % et hausser les cotisations salariales de 11,5 % à 18,5 %, il y a eu 1,5 million de manifestants en mars 2013 (l’équivalent de 11 millions en France) et le sale projet a été annulé.

Unité de toute la gauche

Mario Soares pousse le PS à son congrès de Santa Maria da Feira à « donner un nouveau souffle à la gauche » (contre l’austérité, pour le plein emploi, et l’État social) par un dialogue avec le Bloc et le PCP lui-même, et les syndicats UGT et CGTP. Il s’est fait acteur pour que les alliances entre ces forces de gauche progressent. Il appelle le nouveau leader du PS, Antonio José Seguro, à pousser les feux en ce sens ; ce serait le premier gouvernement de coalition de toute la gauche au Portugal surmontant les divisions des années révolutionnaires de 1974-76.

En septembre 2012 et mars 2013, le refus des mesures de la troïka, a donné d’énormes mobilisations de masse sans précédent depuis la révolution des Œillets. Elles poussèrent aux « rencontres de toute la gauche » : le 30 mai 2013 dans un grand amphithéâtre de l’Université de Lisbonne, archi-bondé, devant 2300 personnes, PS, PS PCP, Bloc de gauche, ont engagé la voie pour « libérer le Portugal de l’austérité ». Et, de fait, le Portugal est le pays le plus mobilisé d’Europe.

Révolution au Portugal et en Europe : inévitable

Mario Soares, appelle au départ de ce gouvernement qui détruit l’État social et la démocratie : « J’espère que le jour de son départ pour notre bien à tous, est proche et que retentira une explosion de joie pacifique semblable à celle de la révolution des Œillets ».

« Un jour viendra – plutôt proche que lointain – où tout changera dans la politique, dans les finances et surtout dans l’éthique, pour le bien du Portugal et des Portugais. Parce que c’est toute l’Europe qui est en crise et qu’elle ne va pas se laisser entrainer dans le gouffre ».

« il est aujourd’hui prouvé que l’austérité ne profite qu’aux marchés spéculatifs et à ceux qui les commandent. Mais elle ravage les États et les peuples. Et pas seulement les États dits périphériques ou du sud, comme on l’a prétendu un peu vite. Voyez la Hollande, la France et l’Allemagne. »

Soares serait à la gauche socialiste aujourd’hui en France : « Le dilemme est simple : ou on lutte contre le chômage, la pauvreté généralisée, la récession et on garantit l’état social, dans tous ses aspects, tant qu’il est encore temps, ou l’Union européenne sombre dans le chaos. » (p.93)

Il rappelle les souvenirs du 25 avril 1974, il y a 40 ans et de Grandola Vila Morena la chanson de la révolution qui est a nouveau entonnée partout. « Quant à une révolution (pacifique !) en Europe, pour mettre un terme à la crise, elle arrivera en son temps. C’est inévitable. J’espère que le Portugal y contribuera par son exemple. »

03/02/2014

C'ETAIT IL Y 80 ANS

4358289_6_934b_manifestation-a-l-appel-de-la-manif-pour-tous_6d528a0c0368f6145aebfd52790609a4.jpg

Le 6 février 1934, plusieurs manifestations ont lieu simultanément à Paris. Les ligues (on vient de les baptiser « collectifs ») d’extrême-droite, qui jouent un rôle très important dans l’entre-deux-guerres, notamment lorsque la gauche est au pouvoir, ce qui est le cas depuis les élections législatives de 1932, forment plusieurs cortèges… La crise est là ! Le phénomène se renouvellera chaque fois que l’on est dans la même situation…Battue sur le plan politique, la droite exploite alors le fond réactionnaire d’une France ancrée dans des certitudes passéistes. La stratégie est la même : toute transformation sociale est affectée d’une vision moraliste, de telle manière qu’elle mobilise les tenants silencieux des privilèges. Les fameuses « Ligues » des années 30 ont trouvé de manière plus ou moins voilée (excusez-moi pour ce terme!) des repreneurs depuis quelques mois avec des bonnets rouges, noirs ou… bruns:!

En effet, parmi les principales ligues présentes le 6 février 1934, la plus ancienne on trouvait être l’Action française. Fondée en 1898/1899 par un trio Maurice Pujo, Henri Vaugeois et surtout Charles Maurras, elle s’était donné pour mission fondatrice de renverser la République afin de revenir à la Monarchie, c’est à dire à une époque où la morale était respectueuse de la religion (relire Tartuffe!). Il est certain que dans les manifestations actuelles contre le « mariage pour tous », contre les impôts, contre le Président élu de la République, devenues des alibis à l’éructation de slogans proprement hostiles à la représentation parlementaire majoritaire, le pouvoir de Droit divin a ses partisans ! L’ordre moral constitue la base de ces rassemblements véritablement politiciens, exploitant des appréciations totalement différentes de la loi. Homophobes, intégristes religieux, illuminé(e)s en tous genres, exploiteurs de tous poils, se retrouvent unis dans une seule haine : celle de la gauche !
En 1934 la contestation violente s’appuie sur les « Camelots du Roi » qui, malgré des effectifs assez limités, sont très actifs dans la rue. On retrouve aussi les « Jeunesses patriotes », qui revendiquent 90 000 membres, dont 1 500 font partie des « groupes mobiles » (Tiens donc. Des groupes mobiles?). On y ajoute un zeste de « Solidarité française », fondée par le richissime parfumeur François Coty et une pincée du « Francisme » pour obtenir un cocktail très similaire à la composition actuelle des manifestations spontanées organisées devant l’Assemblée nationale. Il y manque les nostalgiques de la Grande guerre réunis par le Colonel de la Rocque, sous le célèbre patronyme des « Croix de feu », mais on ne tardera pas à y retrouver « La ligue des contribuables » qui s’attaque aux hommes politiques réputés tous, absolument tous, corrompus et malhonnêtes.
Les ligues de droite et d’anciens combattants avaient appelé à se réunir en face de la Chambre des députés. Tous se mobilisent sur le thème : « À bas les voleurs ! » avec en première ligne l’extrême droite. Progressivement, les violences vont aller crescendo avec une tentative de « conquête » du Palais Bourbon, qui contraindra les forces de l’ordre à tirer face à des manifestants parfois en armes ! Il y aura de très nombreux blessés et plusieurs morts… au nom de la liberté de manifester. Quelques années plus tard, ce type de rassemblement dégénérera en attaque raciste contre des lieux ou des personnes ne convenant pas à l’ordre moral. On conspue les juifs, on implore Dieu, on s’attaque aux symboles républicains.
Maintenant, l’UMP qui a oxygéné depuis des années la « bête immonde » de l’intolérance tente de pallier au plus pressé et d’échapper à sa responsabilité. Ses responsables font profil bas vis à vis de ce conglomérat qui bouffe du « Hollande » à la croûte rouge à tous les repas idéologiques ! Le dilemme est cruel face à la radicalisation de la rue, car au fil des soirées, plus personne ne contrôle ce monstre haineux et violent. Officiellement, on condamne toutes les violences ponctuelles visibles, mais sans désavouer l’ensemble des manifestants chauffés à blanc et qui pourraient maintenant se retourner contre leurs inspirateurs.

En 1934 la droite n’était plus républicaine que dans ses affirmations publiques, car elle était déjà dépassée par ses extrêmes ligués contre la démocratie parlementaire, contre le suffrage universel. Elle appelait à la démission du gouvernement, du Président et des Ministres. On a franchi la ligne jaune, et il est impossible de ne pas penser au titre du journal de « L’Action Française » du 7 février 1934 « Après les voleurs, les assassins ». Ne croyez surtout pas ceux qui prétendent que l’Histoire ne sert pas deux fois le même poison ! Toute ressemblance avec les personnes actuelles n’est pas pure coïncidence !

 

 

 

22/01/2014

FRANCE , REGIONS , DEPARTEMENTS

6250360-9339876.jpg

EXCELLENT ARTICLE DU MRC JEAN MARC NICOLLE

 

L’organisation de la République est décentralisée, mais la France reste un Etat « indivisible ». Le principe jacobin de l’égalité de tous devant les pouvoirs publics quelque soit le territoire où l’on vit est essentiel pour assurer la cohésion nationale. Le citoyen bénéficie des mêmes droits et devoirs qu’il réside dans les régions de Bretagne, Picardie ou Limousin, dans les départements du Finistère, de l’Oise, ou de la Creuse.

Chaque niveau de collectivités correspond à un regard porté sur l’action publique toujours plus fin en direction du citoyen : aux régions, les grandes compétences d’aménagement du territoire, de développement économique et de transports, bref une vision d’ensemble assez large et englobante. Aux départements, l’aide et l’urgence sociale, l’entretien des routes, mais aussi les collèges, en somme, une partie de la vie quotidienne des administrés. Au bloc communale (intercommunalités et communes), la police, l’urbanisme, l’école, l’état-civil, l’environnement, d’une certaine manière les compétences les plus proches des citoyens lorsqu’ils font leurs premiers pas vers l’administration. Cette répartition des compétences permet aux Français de bénéficier de services publics à échelle humaine. Supprimer des collectivités en les fusionnant reviendrait à perdre une partie du bénéfice que nous disposons de par leur existence.

Une France bien administrée, c’est une France qui doit faire confiance à ses maires et présidents d’intercommunalités, de conseils généraux et régionaux. Nous n’avons pas trop de régions ou de départements. On nous fait souvent comparer la France à l’Allemagne, en nous invitant à prendre exemple sur ce pays. Mais c’est oublier que l’Allemagne est un Etat-fédéral, un tiers plus petit que la France et qui connait le même nombre de subdivisions administratives que nous : Länder, Kreise (arrondissements) et communes. Alors ce débat, sur le nombre de collectivités n’a pas de sens car la comparaison ne tient pas. Se pose toujours la question des économies : est-ce qu’avoir moins de collectivités entrainerait moins de dépense publique ? Ce n’est pas sûr car les compétences resteraient les mêmes. Mais au-delà de l’aspect financier, ce qui m’interpelle, c’est toujours ce discours sur l’action de la puissance publique. Les biens – pensants souhaitent diminuer les dépenses de l’Etat et des collectivités pour payer moins d’impôt, comme s’il était une entrave à leur épanouissement personnel. La vérité est que la puissance publique dans son ensemble œuvre pour tous et, faut-il encore le rappeler ?, que les services publics sont le capital de ceux qui n’en ont pas. Voilà aussi pourquoi, ce discours sur moins de collectivités locales me gêne, car il véhicule une vision libérale contraire à l’esprit même de la République (la chose publique, donc le bien de tous).

Dans son programme présidentiel, François Hollande promettait de donner un pouvoir réglementaire aux régions et de ratifier la Charte européenne des langues régionales. Le premier point a été rappelé par le président de la République lors de sa dernière conférence de presse et le deuxième point par le Premier ministre avant Noël à l’occasion du règlement de l’affaire des « bonnets rouges » bretons. Je crois que sur ce sujet, il faut en revenir aux fondamentaux de la République : la loi « doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse » (article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen), la langue de la République est le Français (article 2 de la Constitution de 1958). Veillons à conserver ce qui fait l’unité de la République. Devons nous à ce point faire si peut confiance en nos valeurs pour prendre exemple sur d’autres pays ? La République a fait ses preuves. La France est par nature un Etat centralisé. C’est son unité qui fait sa force.

D’aucuns, des sociaux démocrates, sociaux-libéraux et autres chrétiens démocrates, rêvent d’une Europe des régions, sans Etats et Nations. Or, la réalité politique que l’on observe depuis les Lumières et qui est consécutive de l’affirmation de la démocratie, c’est justement l’Etat-Nation, source de la souveraineté du peuple. Défaire les Nations pour faire l’Europe des régions (transmutées pour l’occasion en Länder), c’est nier la démocratie, nier les valeurs de la République et revenir à une Europe politiquement éclatée et aux pouvoirs impuissants tels qu’ils étaient à l’époque féodale.      

02/01/2014

PIERRE JOXE SUR FRANCE INTER

th.jpg

A ECOUTER OU REECOUTER-

 

http://www.dailymotion.com/video/xnlfgd_pierre-joxe_news