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  • PANIQUE A L'ELYSEE

    2012, année de la peur

    Quand le droit -au sens large- devient le jouet du fait divers, c'est le symptôme d'une société inquiète qui improvise ses règles collectives au gré de ses indignations avec vues électorilistes.
    Encore une foi un fait divers tragique-la mort d'une jeune policière à Villiers sur Marne-a implicitement validé le décret du ministre de l'intérieur autorisant l'utilisation du trés contreversé Taser par les polices municipales.  L'émotion légitime qu'elle a provoquée tout au long de la semaine doit-elle être pour autant le ressort de décisions qui engagent le pays ? NON. 

    Tout le monde, pourtant, convient que si la jeune policière avait disposé d'un pistolet par impulsion électrique, ou même d'un Manurin, cela n'aurait, hélas, strictement rien changé à son sort. Elle a été au mauvais endroit au mauvais moment, victime collatérale d'un de ces épisodes du grand banditisme qui tournent mal.
     

    Autrement dit, un hasard sanglant et particulièrement spectaculaire a été opportunément utilisé pour faire passer sans discussion une mesure controversée. Les larmes médiatiques d'un jour d'enterrement ont submergé les réserves juridiques. Il ne s'agit pas, bien sûr, de minimiser la douleur d'une famille, ni de dévaloriser la solidarité qu'on lui a exprimée, mais de s'interroger sur les limites d'un fonctionnement pulsionnel d'un pouvoir.
     Les 18 000 policiers municipaux et leurs syndicats, eux, posent la vraie question, celle qui aurait dû faire débat : la définition de leurs missions. Elles se limitent, en principe, à la vérification de l'application des décrets municipaux. Un périmètre de proximité qui, a priori, ne justifie aucunement le port d'une arme aussi litigieuse que le Taser. Mais si ce cadre initial dérive peu à peu vers des interventions dangereuses qui s'apparentent à celles de la police nationale alors là, oui, il faut tout remettre sur la table. Parler de tutelle, de recrutement, d'armement, de formation, d'éthique, de contrôle... Autant de garde-fous contre les abus et contre les atteintes aux libertés et à la dignité des citoyens qui fondent la légitimité de la police nationale.
     La politique de sécurité d'une grande nation démocratique ne saurait s'accommoder d'ambiguïtés ou d'ajustements empiriques dictés par les événements quand elle suppose autant de choix de société. A défaut de pouvoir séduire avec des enjeux d'avenir aussi invendables, cette fois, que l'emploi ou le pouvoir d'achat, l'Élysée mettra une nouvelle fois la peur -valeur électorale puissante et sûre- au programme de la campagne de 2012. Alors, puisqu'il le faudra bien, parlons-en clairement. Sans fantasmes et sans crainte.

  • A L'EAU (Suite)

    Photo de Gilles Chiroleu, 2007, CC 
    Quant à la ville de Paris, en novembre 2008, le Conseil de Paris a voté la « remunicipalisation » de l’eau. Une promesse de campagne du candidat Delanoë, pour en finir avec l’ère Chirac, qui avait privatisé l’eau de Paris en 1984. Veolia avait installé des capteurs de rupture sur les canalisations, une invention brevetée de Veolia et certifiée comme technique standard par l'Union européenne, ce qui permet de localiser les fissures automatiquement. La régie communale « Eau de Paris » a dû acheter le droit d’usage du système à Veolia... Cette belle réussite pour Veolia est le résultat de tous les efforts de lobbying de cette entreprise en Europe : Veolia participe activement aux programmes de recherche sur l´eau de l´UE. Par exemple, la WSSTP, la plate-forme technologique pour l´eau et l´assainissement, possède un comité de 10 membres dont 3 employés de Veolia parmi lesquels le vice-président de WSSTP, Xavier Chazelle. La encore les liens sont étroits, ainsi le PDG de Suez, Yves Thibault de Silguy est un ancien commissaire européen

     Et la qualité de l’eau ?

    De nombreuses polémiques ont eu lieu ces dernières années sur la qualité de l’eau fournie par les entreprises privées de gestion de l’eau potable en France. Nitrates, pesticides, métaux lourds, radioactivité, médicaments… Certains problèmes de qualité d’eau durent depuis plus de dix ans sans qu’une solution efficace soit trouvée. Ainsi en Seine et Marne certaines communes ont des taux de nitrates de plus de 60. La raison de ces dérives ? Les mairies qui n’investissement pas assez et les compagnies des eaux qui exploitent des sources contaminées. Ainsi à Mouthiers-sur-Boëme, des taux de pesticides 6 à 7 fois supérieurs à la norme ont été découverts par les habitants. Ces derniers ont finalement attaqué la SAUR. La bataille à été difficile puis qu’il a fallu apporter la preuve de ces dépassements dans le passé. Finalement, la SAUR a abandonné la source contaminée et a du payer le remboursement de bouteilles d’eau durant 12 ans 32575,96 euros pour les 11 familles qui avaient porté plainte, négligeant du même coup tous les autres habitants soit 11 000 habitants tout de même…


    Pour quelle efficacité ?

    La maintenance des tuyaux est régulièrement critiquée en France ou elle est généralement substituée par une gestion du risque qui ne répare que lorsqu´il y a un incident. Cette manière de procéder fait que la grande majorité des canalisations d’eau française ont plus de 30 ans d´âge. Ceci explique que la moyenne des fuites d´eau en France est de 26,4% contre 7,3% en Allemagne ou l’eau est gérée publiquement. Nous savons tous combien l’eau est précieuse et nous la gaspillons pour raison de rentabilité financière… Les mesures à prendre pour protéger les nappes phréatiques sont également prises en regard de problématiques financières, mais quel en sera le coût pour les générations futures ?


    Liaisons dangereuses ?

    Les échanges de personnel entre les grandes entreprises de l’eau et le monde politique sont symptomatiques des liaisons dangereuses qu’entretiennent les deux mondes. C’est pas un hasard si l’on disait que le nom de Vivendi (qui devient Veolia en 2003) n'était rien d'autre qu'une abréviation pour « VIVier pour ENarques en DIsponibilité » tant l’ENA est un gros fournisseur de managers chez Veolia. En retours, n’oublions pas que l’état est un gros actionnaire de Veolia. Voici quelques exemples lumineux de transferts entre les deux mondes :

    - Henri Proglio, PDG de Veolia, est un grand ami de Rachida Dati, ex-ministre de la Justice

    - Dominique de Villepin, ministre des Affaires étrangères, puis ministre de l'Intérieur et enfin Premier ministre, a été conseiller international chez Veolia

    - Eric Besson, à la tête de la Fondation Vivendi (Veolia) a été responsable du programme économique du parti socialiste, puis ministre de Sarkozy

    - Stéphane Richard, directeur de Veolia Transport, passe en 2007 directeurs de cabinet au ministère de l´Économie et des Finances

    - Sylvain de Forges, directeur financier de Veolia, cumule ce titre avec celui de PDG de l'organe du Ministère des Finances chargé de la gestion du patrimoine et des dettes de l'État : l’Agence France Trésor

    - Rainier d'Haussonville, directeur Affaires européenne chez Veolia, a été chef du Secrétariat général des affaires européennes au Ministère des Affaires étrangères, puis Conseiller aux affaires économiques européennes dans le Cabinet du Premier Ministre


    - Jean-Pierre Denis, président de Dalkia (Veolia-Environnement), après avoir été secrétaire général adjoint de l'Elysée, est passé conseiller de Jacques Chirac

    Joachim Bitterlich, vice-président exécutif de Veolia, fut un proche collaborateur du chancelier Allemand Helmut Kohl


    Selon Dominique Voynet « Le Syndicat des eaux est une sorte de caricature d'un certain système. Depuis des décennies, les grands partis se répartissent les présidences de syndicats : à l'UMP, le Sedif ; au Parti communiste, les services funéraires ; au PS, les ordures ménagères. Au moment de voter, les accords tacites passés il y a bien longtemps sont reconduits, ce qui assure une certaine stabilité, à la fois des équipes et des pratiques, à la tête de ces grands syndicats ». Tout est dit.


    Et dans le monde ?

    Veolia Environnement propose ses services à de nombreuses villes françaises, mais aussi anglaises, allemandes et du monde entier. Veolia disposant, de fait, d'un savoir-faire considérable dans les domaines de la recherche-développement et de l'ingénierie financière. En période de crise, les compétences dans les domaines financiers sont au moins aussi importantes que la maîtrise technique des problèmes de gestion de l'eau. C'est ainsi que bon nombre de municipalités dans le monde font appel à Veolia…


    Dans un article sur la privatisation, j’avais cité l’exemple de la Bolivie : En Bolivie, une grande vague de privatisations a eu lieu. Ainsi en 1999, l'entreprise gérant l'eau potable de la 3e ville de Bolivie, Cochabamba, a été privatisée et une concession jusqu'en 2039 a été négociée avec une compagnie jusqu’alors inconnue dans le pays « AGUAS DEL TUNARI ». Dès cette date, le prix de l'eau a augmenté de 30% à 300% suivant les cas. Avec cette augmentation, certaines familles modestes consacraient plus d'un quart de leur budget à l'eau potable. Les sources qui appartenaient aux paysans ont également été confisquées et privatisées. Des lois votées sur mesure protégeaient la société privée gérant l'eau. Les textes de loi suivant la lecture que l’on en faisait pouvaient même prévoir l’interdiction de récupérer l’eau de pluie. Devant cette pression insoutenable pour la population, des émeutes ont eu lieu. La situation pour le gouvernement est devenue réellement dangereuse lorsque les habitants apprirent que l’entreprise « AGUAS DEL TUNARI » était en réalité la propriété du groupe américain « BECHTEL ». Étant donné l'ampleur de la protestation citoyenne, le président n’a pas d’autre choix que d’instaurer, en avril 2000, la loi martiale.

    Cela conduit à de nombreuses arrestations de contestataires et syndicalistes. Le but de la loi martiale étant de rétablir l'ordre et d’acter les privatisations. Au plus fort de la crise qui devenait incontrôlable, des tireurs d'élite ont été employés par le gouvernement. C’est ainsi que le jeune Victor Hugo Daza (16 ans) a été abattu ainsi que six autres personnes. Des dizaines de femmes et adolescents furent blessés par ces tireurs. Finalement, après six mois de manifestations intenses, l'entreprise BECHTEL qui quitta la ville rapidement et le gouvernement firent marche arrière sur cette privatisation.


    Alors ?

    On peut se demander combien de temps encore devrons-nous payer l’eau plus chère qu’elle ne coûte réellement alors que des solutions simples existent. Temps qu’il existera des liaisons dangereuses entre les politiques et les grandes entreprises de l’eau la situation ne sera pas saine et il faudra se résigner a payer toujours plus pour un bien, l’eau, qui sera toujours plus rare.

    Largement inspiré de MARIANE2

  • RETRAITES:ETAT DES LIEUX

     

    En sortant enfin du bois et en annonçant ses réelles intentions sur la réforme des retraites, le gouvernement a véritablement déclaré la guerre au monde du travail. Avec une communication soignée, un calendrier particulièrement choisi et resserré, des syndicats divisés, il s'est donné les moyens d'aboutir à ses fins. Du moins à court terme, parce que sur le long terme, il me semble que les choses ont bougé dans l'opinion publique ses derniers temps.

    François Fillon et Nicolas Sarkozy disposent d'atouts indéniables pour que leur réforme soit adoptée avant la fin de l'année. Outre les raisons évoquées ci-dessus, ils bénéficient de la crise et du sentiment de résignation qu'elle implique. Ce sentiment est d'ailleurs particulièrement fort chez les jeunes qui ont intégré depuis longtemps l'idée selon laquelle ils n'auraient pas droit à la retraite. Idée fausse évidemment, mais que le gouvernement et les médias font tout pour valider.

    De plus, le pouvoir sait parfaitement jouer sur la division pour diviser les Français et affaiblir le mouvement social. En sortant les règimes spéciaux de la réforme, en donnant des garanties aux cheminots, il a acheté la paix sociale. De fait, la grève d'hier a été moins suivie que d'habitude.

    Pourtant, si la bataille est mal engagée, ce dernier point laisse augurer un peu d'espoir à court terme pour les syndicats. En effet, contrairement à ce qu'affirme le gouvernement, il était indénialble pour tous ceux qui étaient dans la rue hier, que les manifestations étaient plus importantes qu'en mars, ce qui veut dire que cette fois-ci, c'est le secteur privé qui s'est le plus mobilisé. Il s'agit là d'une donnée nouvelle que peu de médias ont noté mais qui a une importance fondamentale pour la suite.

    Pour moi, vu le calendrier choisi par le gouvernement, et avec l'aide des vacances et de la Coupe du Monde de football, je ne vois pas comment la réforme peut ne pas être adoptée à la rentrée. Mais cela ne veut rien dire, le CPE et la réforme de 1995 sont là pour nous rappeler que les Français peuvent faire reculer le pouvoir même quand les lois sont votées.

    Par rapport à 2003, il y a en effet un élément qui a complètement changé. A l'époque, l'argument selon lequel il fallait faire payer les revenus financiers et le capital trouvait peu d'impact dans l'opinion. La crise et son lot d'injustices est passée par là, et si elle amené de la résignation, elle entraîne aussi une nouvelle prise de conscience. En 2010, chacun sait désormais qu'il existe d'autres sources de financement pour les retraites.

    Enfin, toujours par rapport à 2003, il y a un autre élément nouveau : le comportement de l'opposition. Cette fois-ci, elle est au rendez-vous, avec un projet alternatif, qui est crédible, et démontre qu'il existe bel et bien d'autres pistes que celles de taxer toujours le travail.

    Dans les mois qui viennent, Nicolas Sarkozy et ses amis vont peut-être gagner une victoire politique. Elle n'est pas définitive, car hier le mouvement social a commencé à relever la tête. Tout n'est pas joué !

  • A LA GREVE

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    Aujourd'hui six centrales syndicales (CGT, CFDT, CFTC, FSU, Unsa et Solidaires) appellent les salariés, les retraités, les jeunes et les privés d’emploi à une journée de grèves et de manifestations pour les retraites et l’emploi.

    A Nice, la place Masséna à 10 H 

     le cortège empruntera les boulevards Jean Jaurès, Carabacel puis l’avenue Jean Médecin.

  • NOUS SOMMES TOUS

    La France est un pays formidable : nous sommes de moins en moins une grande puissance industrielle et commerciale et nous rêvons de redevenir une grande puissance agricole comme il y a quelques siècles. Preuve en est le colossal succès ce week-end des Champs-Elysées recouverts d'herbes et de produits de la terre, comme il y a vingt ans au même endroit l'immense champ de blés. Pour marquer l'importance de l'événement, le président et madame sont allés faire un tour.

    Il fallait aussi une parole officielle et éternelle, bref une formule historique. C'est bien sûr le ministre de l'agriculture qui s'est sacrifié : "Nous sommes tous des agriculteurs" a lancé Bruno Le Maire. Tous ? Non, pas moi.Bien que je connaisse bien le monde agricole et les agriculteurs dont certains sont des amis. Je ne suis pas, je ne me sens pas, je ne veux pas être agriculteur. Du mépris ? Pas du tout. Mais je m'inscris dans le cours de l'Histoire et du progrès social qui nous viennent des deux derniers siècles : un paysan est quelqu'un qui veut rejoindre la ville et qui, devenu ouvrier, souhaite que ses enfants s'intègrent aux classes moyennes, dans les professions du terciaire, les métiers intellectuels. Le travail de la terre est un enfer, notre société qui perd la mémoire a aussi oublié ça. La nostalgie, non merci.

    Vous me direz peut-être que le ridicule "Nous sommes tous des agriculteurs" est un geste légitime de solidarité. Je veux bien  ! Mais pourquoi les ministres ne s'exclament-ils jamais "Nous sommes tous des chômeurs" ? A tout prendre, s'il y avait une solidarité à exercer, je choisirais les sans emploi. Car je ne vois pas pourquoi il faudrait privilégier, dans notre compassion, les agriculteurs. De toute façon, Le Maire aurait mieux fait de se taire : le "Nous sommes tous ..." est une resucée qui a perdu son sens à force d'être réutilisée.

    La première fois, c'était en Mai 68, "Nous sommes tous des juifs allemands", après que Marchais ait dit une connerie plus grosse que lui. Dans les années 80, je me souviens avoir hurlé le slogan qui sonnait juste à l'époque et encore aujourd'hui : "Première, deuxième, troisième génération, nous sommes tous des enfants d'immigrés". Et puis il y a eu le 11 septembre 2 001, et Colombani dans Le Monde qui écrit : "Nous sommes tous américains".  C'était la goutte de trop,surtout pas je ne suis pas américain. Nous sommes tous ... nous-mêmes et rien d'autres, voilà tout,c'est parfois dur et n'entendons plus jamais ce slogan ridicule.