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  • QUAND LA FAIM JUSTIFIE LES MOYENS

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    La hausse des prix des produits alimentaires de première nécessité provoque une grave crise mondiale. Sans intervention, la famine et les violences risquent de toucher plusieurs centaines de millions de personnes. À la nécessité pour la communauté internationale d’apporter une aide financière urgente, s’ajoute celle d’un changement du système agricole actuel, pour permettre aux pays du Sud de développer un production locale et d’assurer leur sécurité alimentaire.

    Haïti, 12 avril. Des milliers de personnes descendent dans les rues. Ces émeutes provoquent la mort de cinq personnes, 200 blessés et la destitution du Premier ministre. Raison de la colère, la flambée du prix du riz. Le sac de 50kilos est passé de 35 à 70 dollars en une semaine. Hausse considérable dans un pays où 80% de la population vit avec moins de 2 dollars par jour. En Jordanie, le gouvernement a annoncé la réduction des droits de douanes sur les viandes et les poissons de 5 à 20%. Depuis le début du mois, le prix des légumes a augmenté de 20% et celui des viandes de 10%.

    Et la crise touche de plus en plus de pays déjà ébranlés par la pauvreté : en Egypte, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, aux Philippines ou encore en Indonésie, des manifestations violentes ont eu lieu, en réponse à la hausse des prix alimentaires. Baptisés « émeutes de la faim»,ces évènements sont le reflet d’une crisemondiale, en partie due à la crise financière de ces derniers mois, qui a entraîné une spéculation importante sur les matières premières. Et les mots de Jean Ziegler(1), rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, ne sont pas rassurants:«On va vers une très longue période d’émeutes, des vagues de déstabilisation régionale incontrôlable, marquée au fer rouge du désespoir des populations les plus vulnérables. (…) Avant la flambée des prix déjà, 854 millions de personnes étaient gravement sousalimentées. C’est une hécatombe annoncée».

    Une question de survie

    Dans un premier temps, les grandes organisations internationales ont appelé à une réaction d’urgence de la part des pays les plus riches. Il s’agit de fournir au Programme alimentaire mondial (PAM) une aide financière immédiate de l’ordre de 500millions de dollars, que l’ONG réclame pour faire face à l’inflation des prix agricoles. «Nous distribuons quatre millions de tonnes de vivres par an, l’augmentation de 55% du coût des produits alimentaires depuis juin 2007 a donc un impact énorme sur nos opérations », ont expliqué les responsables du PAM, le 13 avril.

    L’urgence est nécessaire pour empêcher la famine de s’installer dans les pays les plus démunis. Mais atténuer les effets de cette crise en distribuant de la nourriture à ceux qui en sont dépourvus ne permet pas de résoudre le fond du problème. En réalité, c’est l’ensemble du système agricole international qui s’effondre. «Il faut une réponse structurelle.

    Cette crise montre que l’agriculture ne peut pas être traitée comme n’importe quelle activité productive. C’est un grand tort de la part des institutions économiques internationales, mais aussi de nombreux pays, d’avoir voulu traiter les produits issus de l’agriculture comme des marchandises comme les autres.Quand le prix de produits industriels ou de l’énergie monte, cela a évidemment des conséquences sociales,mais quand c’est le prix de l’alimentation, c’est la survie même des habitants dans les pays pauvres qui est en jeu», estime Harlem Désir, secrétaire national du PS à la mondialisation et député européen.

    Les biocarburants en cause

    La perversité du système agricole actuel a conduit les pays du Sud, en particulier le continent africain, à être dépendants en matière alimentaire.

    Quand les prix augmentent, ils sont touchés de plein fouet et ne peuvent assurer euxmêmes leur sécurité alimentaire. « Il faut aider les pays du Sud à développer, comme on le fait nous-mêmes en Europe, des politiques agricoles qui reposent sur des mécanismes de subventions, de protection, et permettent d’abord d’orienter la production agricole vers l’alimentation des populations.

    Certains pays d’Afrique, par exemple, ont souvent renoncé à une production locale parce qu’ils étaient moins compétitifs. On se rend compte aujourd’hui de la fragilité du système mis en place. Il faut revoir ce système. L’OMC, par exemple, doit accepter la subvention de productions agricoles dans ces pays, quitte à utiliser des tarifs douaniers pour encourager la production locale », souligne encore Harlem Désir.

    Parallèlement, les pays industrialisés ne peuvent pas s’abstenir de réfléchir à leurs propres défauts. Le développement des biocarburants est aussi en cause dans l’apparition de cette crise. Au lieu d’utiliser des terres pour produire des denrées alimentaires, on y sème du blé, des betteraves ou du maïs pour la production de carburants. « Nous devons nous-mêmes être cohérents. Il faut arrêter de subventionner les biocarburants en Europe. Cela n’empêche pas de continuer la recherche et l’expérimentation sur la deuxième génération de biocarburants, destinée à l’utilisation des seuls résidus alimentaires. Mais cette nouvelle génération est loin d’être opérationnelle.

    Aujourd’hui, la production de biocarburants contribue à la spéculation et à la montée des prix. L’Europe doit montrer l’exemple. Il existe bien d’autres politiques de réduction des gaz à effets de serre et de développement d’énergies renouvelables », soutient avec fermeté Harlem Désir.

    1) A lire:L'Empire de la honte,Jean Ziegler paru dans les éditions de poche,6€

  • LA PHRASE DU JOUR

    Les hommes naissent égaux, dès le lendemain, ils ne le sont plus."

    Jules Renard

  • LOUIS LA BROCANTE BAT SARKOZY

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    Entendu sur les antennes:le feuilleton "Louis La Brocante" a fait plus d'audimat que notre Bonimenteur Sarko et vous avez reperé les erreurs et approximations de Nicolas S. lors de son oral de jeudi soir ? 

     1. Sur les déficits publics : "j'ai trouvé un pays où chaque français doit 20 000€".  A qui ? Pour l'essentiel aux français... Sur ce point et sur le discours lanscinant sur le déficit et la dette, voir ou revoir  ce billet d'Alexandre Delaigue.

    2. Sur l'immigration : "Michel Rocard l'a dit il y a longtemps, nous n'avons pas vocation à accueillir toute la misère du monde". Argument ultime souvent repris, avec l'éternel oubli de la deuxième partie de la phrase "mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part". Voir ou revoir le papier de Rocard.

    3. à plusieurs reprises, Nicolas S. met en regard les 1 900 000 chômeurs et les 500 000 emplois non pourvus, pour justifier notamment les sanctions annoncées à l'encontre des chômeurs. Ce chiffre de 500 000 circule souvent, sans que l'on sache vraiment d'où il sort. Peut-être des enquêtes Besoins en Main-d'Oeuvre (BMO) de l'Unedic, qui montrent qu'en gros 500 000 employeurs jugent difficiles leur projet de recrutement. Mais dire que le recrutement est difficile n'est pas synonyme d'emploi non pourvu. Voir sur ces enquêtes et les raisons des difficultés de recruter ce document du Credoc.

    Je ne prétend pas à l'exhaustivité, d'autant que, je l'avoue, j'ai souvent décroché...

  • FAIM DANS LE MONDE

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    La multiplication, partout dans le monde, des émeutes de la faim fait les gros titres de la presse nationale et internationale. Egypte, Mexique, Bangladesh, Haïti... la crise alimentaire, portée par les hausses spectaculaires du blé, du maïs ou du riz, se propage à vitesse grand V. Et malheureusement, cette crise, comme toutes les crises est injuste parce qu’elle frappe d’abord les plus démunis.

     

    « Quand les riches maigrissent, les pauvres meurent de faim ». Ce proverbe chinois résume parfaitement la situation dramatique que nous devrons sans doute demain affronter. Quand ici le pouvoir d’achat baisse et fait descendre dans la rue des milliers de personnes, ailleurs, à l’autre bout du monde, on meurt de faim. A tel point que la Banque Mondiale tire la sonnette d’alarme en octroyant 10 millions de dollars à Haïti ; A tel point que cette même Banque Mondiale annonce que 33 états dans le monde seraient menacés à brève échéance de troubles politiques et sociaux dus à la hausse des prix agricoles et alimentaires. Dominique Strauss-Kahn, directeur du FMI n’y va pas non plus par 4 chemins, parle de "conséquences terribles" et prédit que : « ce genre de situation se finit parfois en guerre".

    L’analyse la plus radicale vient de Jean Ziegler, [1] qui annonce : « une très longue période d’émeutes, de conflits, des vagues de déstabilisation régionale incontrôlable, marquée au fer rouge du désespoir des populations les plus vulnérables ». Selon ce spécialiste des questions alimentaires, la responsabilité incombe en premier lieu aux pays riches ou émergents. La dette écrasante des pays pauvres, bien évidemment, pèse fortement sur cette crise. La hausse du pétrole aussi. Mais les agro-carburants sont également dans la ligne de mire de ce spécialiste : «  Quand on lance, aux Etats-Unis, grâce à 6 milliards de subventions, une politique de biocarburant qui draine 138 millions de tonnes de maïs hors du marché alimentaire, on jette les bases d’un crime contre l’humanité pour sa propre soif de carburant [...] Et quand l’Union européenne décide de faire passer la part des biocarburants à 10 % en 2020, elle reporte le fardeau sur les petites paysanneries africaines… »

    En Champagne-Ardennes, on connaît l’engouement d’une partie des décideurs économiques et politiques pour ces agro-carburants. Un engouement, une passion pour le pétrole « Vert » qui risque de faire plonger des millions d’hommes et de femmes dans la misère la plus absolue, qui engendre déjà de graves troubles politiques et sociaux... Une folie meurtrière, annonciatrice d’une hécatombe nous dit encore Jean Ziegler, pour engranger les revenus appétissants et faire rouler un peu plus longtemps nos belles berlines.

    Pourra-t-on encore longtemps garder la tête dans le sable et refuser d’admettre que, tel le battement d’aile du papillon, le champs de blé du Champardennais , plonge aujourd’hui le paysan Egyptien dans la misère la plus dramatique ?

     

    A lire sur le web : l’excellent article Flambée des prix agricoles et émeutes : quelques explications

    [1] rapporteur special à l’ONU Auteur du livre"L'Empire de la Honte"

  • IL FAUT MIEUX ETRE RICHE ET EN BONNE SANTE

    Courrier_International

    La part des dépenses publiques dans le PIB n'a pas augmenté depuis 25 ans, la part des dépenses de l'Etat y ayant baissé, et celle des dépenses sociales s'étant accrue. Alors faut-il réduire les dépenses sociales ? En effet, si la tendance se poursuit, il faudra à l'horizon 2050 consacrer 4 points de PIB de plus pour financer les dépenses de santé et 5 points pour les retraites. Pour 2007, le déficit de la branche santé a ainsi été de 4,6 milliards (la Cour des comptes vient d'en publier le chiffre).
    Mais ce n'est pas une mauvaise chose, si l'on considère qu'une société en progrès voit l'espérance de vie s'allonger et la demande de bien-être s'accroître. Si on s'en tient aux dépenses de santé, dans leur jargon, les économistes les plus académiques considèrent qu'elles sont un facteur de «croissance endogène». Elles améliorent ce qu'ils appellent le «capital humain» des individus, c'est-à-dire leurs capacités productives. Tant mieux si cela ouvre par ailleurs une perspective de développement durable. Il vaut mieux développer le secteur de la santé que celui des industries polluantes. La question posée à la puissance publique est donc de savoir si elle entend faire de la dépense sociale une priorité nationale, ou si elle entend s'en désengager.

    Bientôt, une montée en puissance des franchises
    Ainsi, le gouvernement entend réaliser au moins 10 milliards d'économies à l'horizon 2011, en plus des 7 milliards annoncés au titre de le Revue Générale des Politiques Publiques. Pour ce faire, il a commencé par instaurer les franchises médicales. Celles-ci ne sont pour le moment pas remboursables par les complémentaires. A l'avenir, la montée en puissance des franchises n'est pas exclue. Elle pourrait faire peser sur les complémentaires et les particuliers une part de plus en plus importante du financement des dépenses de santé. Le rapport Chadelat préconisait déjà en 2004 de laisser à la charge de la dépense privée les petits risques, en cantonnant les remboursements de la sécurité sociale aux gros risques. Dans cette direction, le gouvernement va dans les prochains jours annoncer la réduction du périmètre du panier des soins pris en charge par le régime obligatoire. Devraient être restreintes les conditions de remboursement des affections de longue durée. Avant les couacs de la semaine passée, les lunettes et les soins dentaires, déjà peu remboursés, devaient en être exclus, ainsi que les accidents du travail, la kinésithérapie et de nouveaux médicaments. Quant au mode de financement de la sécurité sociale, le candidat Sarkozy proposait, il y a un an, de remplacer les cotisations sociales par une hausse de la TVA. La TVA est l'impôt le plus injuste parce que plus on est riche, moins on le paie. Injustes aussi sont les franchises : plus on est malade, plus on en paie !
    Pourtant, il existe d'autres solutions. On pourrait préserver le panier de soins remboursables le plus étendu possible et, pour financer le système, opter pour un impôt juste par une grande réforme de la fiscalité directe, c'est à dire de l'impôt sur le revenu, parce qu'il est progressif. Il faudrait le fusionner avec la CSG. Mais on pourrait aussi remplacer la cotisation patronale par une CSG-entreprises. Ceci permet de mettre à contribution l'ensemble des richesses créées dans les entreprises et d'éviter de taxer seulement les salaires. De plus, à la différence de la TVA, ce scénario possède l'avantage de ne pas taxer la consommation, principal moteur de la croissance. Il favorise aussi les PME créatrices d'emploi. Ce scénario a malheureusement été écarté de l'étude sur la TVA sociale, confiée par le Chef de l'Etat à Eric Besson il y a quelques mois.

    Le dicton du jour
    : il est de Confucius : «quel que soit le pays où tu vis, il ne faut servir qu'un gouvernement capable».

  • 1474 JOURS A TENIR

    EFG

  • LA SOCIETE DES JOUEURS DE QUILLES

    Dans le fond il faudra un jour ou l'autre rendre hommage au club de football du Paris saint Germain car il sait masquer la réalité de l'actualité importante avec les soubresauts de son agonie permanente. Il devrait être sponsorisé par un fameux grand magasin dans lequel il se passait toujours quelque chose de nouveau. Durant tout le week-end dernier on aura en effet oublié tout ce qui fâche pour ne plus s'intéresser qu'à la claque reçue à Caen puisque dans les jeux du cirque on n'aimait bien que les plus puissants soient trucidés par des gringalets plus habiles.
    Le problème c'est que tous les remous qui accompagnent la vie de ce qui demeure une équipe de football illustrent à merveille le niveau de la réflexion sociale actuelle. On ne cesse, d'associer au sport sous toutes ses formes, les dérives les plus spectaculaires d'un monde malade : racisme, violence, oppression, marchandisation, tricherie, lâcheté politique, profits honteux. Les jeux olympiques, la Formule un, le football alimentent davantage la rubrique des faits divers plutôt que celle des résultats sportifs
    Par exemple les supporters du Paris Saint-Germain se sont attaqués au Camp des loges, centre d'entraînement du club, dans la nuit de samedi à dimanche dernier après la défaite 3-0 à Caen qui rapproche un peu plus le PSG de la relégation.
    Ces supporters au nombre d'une vingtaine ont inscrit des graffitis très vindicatifs sur les murs du centre. "Si on descend, on vous descend", "PSG en Ligue 2 = émeutes", "Direction démission, Le Guen dégage". La voiture du défenseur Sylvain Armand, vice-capitaine de l'équipe, a par ailleurs été copieusement vandalisée. Des installations du club ont également été saccagées.
    Des incidents s'étaient déjà produits pendant le match, au Stade Michel d'Ornano de Caen. Un supporter parisien vêtu d'un blouson noir et d'une capuche a pénétré sur la pelouse et a réussi à atteindre la surface de réparation du gardien parisien Mickaël Landreau avant de rebrousser chemin et de se réfugier dans la tribune.
    D'autres supporters parisiens ont sévi dans le parking du stade. Ils ont franchi des barrières et se sont approchés du car de l'équipe dont les essuie-glaces ont été arrachés... Dramatiquement absurde mais véritablement conforme à la mentalité actuelle voulant qu'il faille un exutoire à tous les échecs même les plus insignifiants sur le plan humain. Aucune mesure n'a pu jusqu'à maintenant modifier une dérive catastrophique.
    LE RECOURS AU SAUVEUR
    Le milieu cède plus facilement qu'en politique au culte des résultats.Le club qui n'avait pas d'équipe n'a aujourd'hui plus de président et demain peut-etre plus d'entraineur et l'ancien entraîneur parisien Fernadez aurait eu des contacts téléphoniques avec la direction du PSG pour aider le club à assurer son maintien lors des quatre dernières journée de L1. Il existe aussi des sauveurs dans le football qui en général lorgne sur la place du moribond pour se glisser à sa place au moindre faux-pas. Il n'existe aucune solidarité réelle sur et hors du terrain : tout n'est qu'une question de tarif et de réseau !
    « Les joueurs ont une part de responsabilité, et c'est indéniable, mais celui qui fait les choix, celui qui fait passer un message, se doit d'être encore plus en forme qu'eux. Si Paul Le Guen est K.O debout, il faut qu'il arrête, même s'il ne reste que quatre journées à disputer. Il faut qu'il soit honnête face à ses employeurs. » Roland Courbis et Jean Michel Larqué ont sorti la mitraillette et ils exécutent l'entraîneur sans aucun scrupule. Les deux chroniqueurs pensent que la discussion qui devrait se dérouler dans les prochaines heures entre les actionnaires et le Guen est très importante.
    Le coach Parisien, rabâche sans cesse le même discours, en expliquant qu'il va se battre jusqu'au bout, mais a-t-il la force de continuer ? Il semble à court de forme et d'idées. « Il crie mais personne ne l'entend, il n'a plus la force de ses intentions, il faut un électrochoc ! » pensent les commentateurs des défaillances des autres. Une réunion entre dirigeants et actionnaires devait se tenir cet après-midi au Parc des Princes pour faire le point sur la situation. Et on verra donc si le Jité de 20 heures fait son ouverture sur cette nouvelle sensationnelle qui verrait un « sauveur » prendre en main le gouvernement du P.S-G.
    L'EPOQUE DES JOUEURS DE QUILLES
    Impossible de ne pas faire référence à cette phrase de François de Malherbe prononcée en... 1620 : « Un bon poète n'est pas plus utile à l'Etat qu'un bon joueur de quilles ». Quand on sait que ces jours ci deux figures emblématiques de ce que devrait être un pays civilisé, éduqué, tolérant ont quitté ce monde dans lequel ils avaient tenu un siècle et que l'on regarde le sort médiatique qui leur ait réservé on ne peut qu'être inquiet pour l'avenir.
    Aimé Césaire et Germaine Tillon n'ont probablement jamais pensé avoir une influence aussi forte sur leurs compatriotes que celles des footballeurs. Pourtant tous deux portaient des valeurs fortes qui devraient être ancrées dans la société française. Ils ont sans cesse combattu ce racisme dévastateur qui s'est désormais installé dans les tribunes. Ils ont énergiquement condamné les atteintes aux droits de l'homme que la Chine cherche à masquer par un nationalisme exacerbé. Ils ont tous deux participé aux luttes pour la liberté et contre le fanatisme. Ils ont inlassablement dénoncé la bêtise qui conduit à la violence. Leur nom ne sont pourtant bien moins connus que ceux du moindre sportif professionnel.
    On parlera pourtant davantage de l'éventuelle nomination de Luis Fernandez que du rôle de Germaine Tillon dans la Résistance. On évoquera certainement beaucoup plus les slogans idiots des excités du Paris S.-G. que les vers d'Aimé Césaire. On s'agitera davantage sur la descente potentielle des Parisiens que sur le courage dont a fait preuve Germaine Tillon quand elle fut arrêtée, condamnée à mort et expédiée pour la nuit et le brouillard de Rävensbruck. Mais que faire ? Que tenter demain pour que le pain et les jeux ne préoccupent plus totalement les esprits du peuple ? Il ne reste plus qu'à demander à Luis Fernandez ou à Guy Roux d'entrer à l'Académie française pour leurs bons mots aux Grosses Têtes

  • IL EST MORT LA POETE

    1814170367.jpgChantre de la négritude* aux côtés de Léopold Sédar Senghor* et Léon Gontran Damas*, l'homme de lettres et politique Aimé Fernand David Césaire a quitté ce monde pour l'embellisement moral duquel il aura oeuvré toute sa vie.

    Revendiquer l'identité noire, sa culture, dénoncer les préjugés colonialistes et la soumission de certains de ses frères aux visions convenues (cf Doudouisme*), rejeter la soif de vengeance des peuples opprimés, ne pas renier l'histoire mais la faire avancer sans la ruminer ; autant de combats que le poète aura initiés et laisse inachevés pour que chacun d'entre nous puisse mieux les continuer.

    Et surtout les faire aboutir.

    Enfin.

    Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle, car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse...
    Cahier d'un retour au pays natal
    Et la voix prononce que l'Europe nous a pendant des siècles gavés de mensonges et gonflés de pestilence, car il n'est point vrai que l'oeuvre de l'homme est finie que nous n'avons rien à faire au monde que nous parasitons le monde qu'il suffit que nous nous mettions au pas du monde mais l'oeuvre de l'homme vient seulement de commencer et il resta à l'homme à conquérir toute interdiction immobilisée aux coins de sa ferveur et aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l'intelligence et de la force.
    Cahier d'un retour au pays natal
    La colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l'abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral [...] Au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et "interrogés", de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l'Europe, et le progrès, lent, mais sûr, de l'ensauvagement du continent.
    Discours sur le Colonialisme
    Oui, il vaudrait la peine d'étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d'Hitler et de l'hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu'il porte en lui un Hitler qui s'ignore, qu'Hitler l'habite, qu'Hitler est son démon, que s'il vitupère, c'est par manque de logique, et qu'au fond, ce qu'il ne pardonne pas à Hitler, ce n'est pas le crime en soi, le crime contre l'homme, ce n'est que l'humiliation de l'homme en soi, c'est le crime contre l'homme blanc, et d'avoir appliqué à l'Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu'ici que les Arabes d'Algérie, les coolies de l'Inde et les nègres d'Afrique.
    Discours sur le Colonialisme
    Entre colonisateur et colonisé, il n'y a de place que pour la corvée, l'intimidation, la pression, la police, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies. [...] J'entends la tempête. On me parle de progrès, de "réalisations", de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d'eux-mêmes. Moi, je parle de sociétés vidées d'elles-mêmes, des cultures piétinées, d'institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d'extraordinaires possibilités supprimées. On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemin de fer. Moi, je parle de milliers d'hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l'heure où j'écris, sont en train de creuser à la main le port d'Abidjan. Je parle de millions d'hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse, à la sagesse. Je parle de millions d'hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d'infériorité, le tremblement, l'agenouillement, le désespoir, le larbinisme. On m'en donne plein la vue de tonnage de coton ou de cacao exporté, d'hectares d'oliviers ou de vignes plantés. Moi, je parle d'économies naturelles, d'économies harmonieuses et viables, d'économies à la mesure de l'homme indigène désorganisées, de cultures vivrières détruites, de sous-alimentation installée, de développement agricole orienté selon le seul bénéfice des métropoles, de rafles de produits, de rafles de matières premières.